Quand un mâle python confond sa femelle python avec une souris !

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Auteur : Nicolas MARTINEZ, docteur vétérinaire
Tout commence par un coup de téléphone :  
"Nous venons de nourrir notre Python femelle pastel  avec une souris, le mâle a voulu attraper la souris et  a ... attrapé la femelle !". Le propriétaire me fait parvenir par email la photo de la blessure qui semble peu profonde...
 

 

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05/07/2014
© Dr Nicolas MARTINEZ Vétérinaire    



Qui est le Python régius ?    

Vous le connaissez surtout sous le nom de PYTHON  ROYAL !  
C'est un des pythons les plus petits, en moyenne 1,5  mètres... Ce qui rend sa maintenance en captivité  appréciable pour les amateurs...  
Sa spécialité? Quand il stresse ou qu'il souhaite être  tranquille il se roule en boule et place sa tête bien au  centre... Ce qui lui valu comme "surnom"  le PYTHON-BOULE !  


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C'est un python plutôt sympathique et rarement  agressif quand il est né en captivité... Il est préférable d'ailleurs de le choisir issu d'élevage  et non d'importation...  
Il existe aujourd'hui sous de multitudes de phases  dont certaines sont plus que magnifiques... faisant  rêver mais aussi varier son prix considérablement...  Son terrarium est plutôt petit, il se contente  d'une taille standard de 100 x 60 x 60 cm et sans  éclairage particulier (l'éclairage naturel de la pièce  suffit). Sa température au point chaud sera de 28 à  35 °C le jour et de 22 à 25 °C la nuit. N'oubliez pas  de lui mettre une bassine d'eau, son pourcentage  d'humidité doit quand même être de 70 à 80%...        

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Cas clinique :    

Anamnèse :    

Tout commence par un coup de téléphone :  
"Nous venons de nourrir notre Python femelle pastel  avec une souris, le mâle a voulu attraper la souris et  a ... attrapé la femelle !"  
Le propriétaire me fait parvenir par email la photo de  la blessure qui semble peu profonde.  
Une décision de chirurgie est prise pour le lendemain.      

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(photo prise par le propriétaire à la maison)      


Arrivée à la Clinique Vétérinaire :    

Le serpent est arrivé à la clinique dans de bonnes  conditions de transport.  
Le propriétaire a respecté les règles de base pour le  déplacement des reptiles. En effet il est important  d’éviter des variations trop importantes de  température. Il est préférable de les transporter dans  un sac ou une boite fermés avec une bouillote  (bouteille d’eau chaude par exemple) à 30 °C.  
La plaie est propre et le serpent est en forme.  L'exploration de la plaie est rapide à ce moment là  car elle se trouve dans une zone compliquée, en effet  c'est exactement l'endroit où le serpent est tenu pour  la contention et je n'ai pas voulu amplifier la  blessure.  
Une décision chirurgicale est de toute façon  immédiatement prise.    

Anesthésie :  

La prémédication effectuée est une injection intra-musculaire d'Alfaxone (4UI vétérinaire / 100g de  serpent).
L'injection I.M chez le serpent s'effectue dans le  premier tiers du corps.  
Au bout de 10 minutes je mets en place un relais  gazeux à l'isoflurane après avoir réalisé l'intubation  du serpent.  
Comme toujours avec les reptiles, l'animal est placé  sur un tapis chauffant à 35°C.            

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Préparation de la zone à opérer... et SURPRISE !  

Antiseptie efficace nécessaire avec utilisation de  POVIDONE IODEE (Bétadine ND).  
Je découvre à ce moment là l'ampleur de la  blessure...
La blessure n'est pas que cutanée mais l'oesophage  est également déchiré, il semble manquer même une  partie latérale !                    

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La chirurgie devient alors plus compliquée; sans  suture de l'oesophage le pronostic vital du serpent  est engagé.    

Chirurgie du serpent :    

1) Suture de l'oesophage :    

J'ai placé une seringue à insuline dans la lumière de  l'oesphage en passant par la bouche, afin d'éviter son  obturation.              

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J'ai utilisé du fil monosyn résorbable pour la suture  de l'oesophage. La paroi de l'oesophage était friable.  J'ai pris les points d'ancrage le plus loin possible des  bords pour éviter au maximum d'amplifier la  déchirure. La suture a été faite en points simples.        

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2) Suture cutanée :    

La suture cutanée a été effectuée en points simples  irrésorbables.  
La tension par "manque de peau" a engendré une  légère déchirure des écailles au dessus de la blessure  initiale.
La tension au niveau de l'oesophage a quant à elle  engendré au début une légère déviation de la tête du  serpent.            

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Phase de réveil :    

La chirurgie a été plus longue que prévu, le reveil en  devient lui aussi stressant...  
Je commence par l'arrêt de l'isoflurane avec  uniquement l'oxygène.  
Notre serpent reste sur son tapis chauffant sous la  surveillance permanente d'une assistante vétérinaire.  
Le réveil a été bon.      


Analgésie :  

L'analgésie a été effectuée avec du Meloxicam à la  dose de 0,1 mg/kg en I.M    


Antibiothérapie :

Les conditions d'hygiène n'ont pas été respectées  compte tenu du passage permanent entre l'interieur  et l'extérieur de l'oesophage.  
J'ai donc mis en place une couverture antibiotique  avec de l'Enrofloxacine en IM à la dose de 5mg/kg  toutes les 48 heures (3 fois).    

Hospitalisation en post opératoire :    

J'ai gardé le serpent dans un de nos terrariums  d'hospitalisation pendant 3 semaines.  
Mis à part l'antibiothérapie et l'analgésie du début,  les manipulations ont été très limitées afin de ne pas  toucher la zone opérée.  
Il est important de ne pas sous estimer le moral du  serpent pour la récupération, c'est pour cela qu'un  effort a été effectué pour le confort de son terrarium  de convalescence.    

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Terrarium Herptek d'hospitalisation      


Sans complication apparente, la sortie du Python a  été envisagée au bout de 3 semaines, sans  traitement et surtout sans nourriture pendant 8  semaines, afin de permettre à l'oesophage de  terminer complètement sa cicatrisation et retrouver  son élasticité...  
Cela peut paraître inhabituel mais pour un python, 8  semaines sans manger ce n'est rien...        


Reprise de la nourriture et ... COMPLICATIONS !    

Au bout de 8 semaines, le propriétaire du python a  réintroduit une proie (petit blanchon).
Et là catastrophe, le serpent python n'arrive pas à  faire passer sa proie. Le passage de l'oesophage  semble trop étroit !  
Le sang froid du proprétaire a permis de retirer la  proie de la gueule du serpent. Un rendez-vous pour  le lendemain à la clinique a été convenu.    

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La proie est coincée!          


Nouvel examen clinique :    

J'ai vérifié que la lumière de l'oesophage était encore  suffisante et la musculature opérationnelle.  C'était le cas ! J'ai retiré les points cutanés ce qui a  détendu la zone cutanée.
Le serpent a été rendu sans trop de crainte pour la  suite avec comme consignes de trouver les proies les  plus petites possibles...      

Reprise de la nourriture une semaine après :  

Les proies de petites tailles ont été réintroduites sans  problème.  
Puis progressivement, la taille des proies a  augmenté.  
Aujourd'hui, elle se porte très bien et reprend  progressivement les 40 g perdus pendant la  convalescence !    

Discussion :  

En échangeant avec les passionnés de serpent, ce  type de cas est quand même rarissime.  
A refaire, je proposerai d'enlever les points cutanés  et de vérifier l'intégrité de l'oesophage avant la  reprise de nourriture même si l'on n'aime pas faire  déplacer un serpent "pour rien".      


Merci à Mr Alain, le propriétaire du serpent !     

 

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