Le Costume

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Auteur : JPP, docteur vétérinaire
Dans ma vie, j’ai toujours eu des histoires de costume. Est-ce que c’est une spécialité d’être maudit par un costume ou d’avoir des costumes maudits ?
 

Mon premier costume, pantalon-veste a été sacré, consacré, fait sur mesure par un tailleur à l’ancienne, rue Victor Hugo, dans la ville où je suis né. C’est au centre ville, une vaste devanture poussiéreuse et triste qui s’ouvre en 1955, sur une surface d’étalage aux lattes d’un bois clair mal ciré. On voit au travers de la vitrine un atelier emménagé dans un magasin, un bonhomme, long type maigre accablé par un sourire aux dents longues et déchaussées. C’est le maître tailleur, il prend les mesures, dresse des mannequins, leur enfile les vestes, les pantalons, les jupes, les robes, les faufile et les taille, recouvre de très longues tables de plus de cinq mètres posant les pièces du patron en papier de soie sur les tissus, trace à la craie bleue les courbes autour des formes du patron, range sur des étagères les pièces de tissus enroulées sur des supports parallélépipédiques cartonnés aux angles arrondis. Mon premier costume était en flanelle grise, cadeau de ma grand-mère paternelle pour la communion solennelle.  C’était du « sur-mesure » et on me mesura.

Je détestais cette mesure surtout celle où le maître tailleur posait sa main gauche refermée sur l’extrémité d’un mètre ruban de toile jaune depuis mon entrejambe jusqu’à ma cheville, et ce poing formé venait taper dans ces mesures extrêmes, comme partant du pôle, touchant cet endroit précis que seule ma mère jusqu’à ce jour touchait. Et il cognait pour prendre appuie et repartait laissant filer le mètre dans l’espace troué de sa main repliée sur elle même, dans l’autre sens et refrappait, comme un nageur marque les longueurs de bassin, d’un bord à l’autre, semblant déjà façonner la pièce de tissu par la seule mesure des longueurs. Pour la veste le rituel était moins gênant et bien qu’il accomplissait les mêmes gestes, ma pudeur n’en souffrait pas.

 Bonne maman paya le costume. C’était en 1955 le salaire mensuel d’une ouvrière ou d’une vendeuse d’un grand magasin. Ma grand-mère m’en dit le prix, non par radinerie, mais pour que je mesure son sacrifice, le prix de son travail, de l’amour qu’elle me portait, de l’attention dont je devais dorénavant me souvenir pour cette flanelle grise et ce qu’elle représentait.

Mon deuxième costume je l’eus deux ans plus tard avec une chemise en nylon jaune, le comble du luxe de cette époque, pas du tout ce qu’on pouvait attendre pour habiller un adolescent en classe de 4e au collège. Je vous vois réfléchir et compter. Oui, j’avais redoublé ! C’était une période troublée de ma vie. À côté de moi était apparu un garçon qui me surveillait. Ce garçon,  c’était encore moi et être surveillé par soi même, cela n’incite pas à travailler, mais à surveiller le double qui vous surveille, c’est à dire vous. Cela peut paraître fou et compliqué ? Fou, oui, compliqué non. C’était donc moi qui me surveillais et vice versa. Le travail scolaire devint désastreux, les professeurs ne comprenaient pas car je ne parlais à personne de ce je sentais être comme un dédoublement de personnalité. Si je l’étais, je ne voulais pas qu’ils me prennent pour un fou. Voyaient ils mes maîtres que je n’allais pas bien ? Ou pensaient ils que je n’étais qu’un mauvais élève, incapable et dissipé..

Jugez en par le appréciation du carnet scolaire :

- Anglais « élève nul et paresseux»,

- Espagnol « fantaisiste »,

- Français « manque de rigueur et de cohérence »,

- Mathématiques « pas de travail, peu de résultats »,

- Sciences naturelles « va encore manquer son année scolaire »,

- Histoire et Géographie « Irrégulier et imprévisible »

- Physique Chimie  « Pas grand chose à sauver dans un océan de paresse »

Tout allait mal dans ma vie, en classe, en étude, au catéchisme où j’avais été collé à l’examen de la communion solennelle. Je l’eus au repêchage. À l‘école de musique où j’apprenais le violon, je fus collé à l’examen de fin d’année, pas repêché bien qu’excellent élève. Tous les enseignants me détestaient sans comprendre, ne comprenaient pas ce que je ne pouvais pas exprimer. Parfois le bon et même l’excellent travail tombait sans raison comme tombait le mauvais, en devoirs, leçons, exercices en classe. Pour le bon, les professeurs m’accusaient de tromperie, doutant de moi, de mon intégrité, pensant que je m’étais fait aider. La matière la plus suspectée était l’espagnol, discipline que ma cousine enseignait à la Faculté des lettres de Toulouse.

J’étais en train de lâcher, la classe mais aussi la vie et nous n’étions pas trop de deux, moi et lui, mon autre moi, pour nous tenir en selle.

Arrive le deuxième costume, c’est le ciel qui me l’envoya.  Ma cousine, mariée depuis moins d’un an, appris que son époux était atteint d’une maladie rénale incurable. Ils allèrent à Paris chez un néphrologue de réputation mondiale qui confirma le pronostic en glissant à l’oreille de ma cousine et marraine, qu’il ne lui restait que quelques semaines à vivre. Ils rentrèrent à Toulouse, passèrent ses derniers jours à l’hôpital sub-urbain de Purpan, lui en perfusion, elle, désespérée. Le rein artificiel n’existait pas et le pronostic se confirma. Elle pleura, hurla, se débattit sous le coup de la grande douleur, puis devint muette trois jours entiers, semblant accepter ce coup du sort, se résigna, vida les armoires, distribua les vêtements de Jean, élégant avocat à peine trentenaire. J’héritais d’une chemise en nylon et d’un costume noir rayé de gris. J’étais pétrifié que de devoir enfiler les vêtements d’un mort. Il paraît qu’ils m’allaient à merveille, même taille que le mort, 1 mètre 75, corpulence 59 kg pour moi, pour le mort, je ne l’ai jamais su.

Tout le monde s’extasiait, un enfant de presque 14 ans dans le costume d’un adulte !

- Ah, comme il te va bien !

- Comment trouvez-vous ?

- Très, très bien et comme tu es beau !

J’étais un jeune garçon dans le costume d’un mort. Cela remplaçait ma tenue habituelle, la tenue de tous. Nous étions chichement habillés de pantalons courts, été comme hiver, de pull-over en cardé, tissu spécialité de la ville que l’on pouvait avoir à un bon prix, directement à l’usine avec l’odeur d’huile rance des cardes et des machines. Par dessus tout, pour cacher la pauvreté, nous enfilions la blouse grise des fils d’ouvriers, qui nous rendait tous semblables.

Mais je préférais le costume de la pauvreté au costume de la mort, costume que ma mère avait agrémenté d’un cordonnet de coton, un noir, et un vert, en guise de cravate. C’était sa touche. Je fis sensation au collège pour la première. C’était la première sortie, du costume noir, de la chemise en nylon jaune, du cordonnet, tous ensembles avec au sommet mon visage, triste figure, gueule de travers, tête de déterrée. Mes camarades n’arrêtèrent pas de me mettre en boite. Alors, poussé, sifflé, conspué, bousculé nous rentrâmes en classe dans un chahut et une grande confusion, par ces extrêmes qui eurent le mérite de me soustraire, de les soustraire, costume et chemise, au regard de l’autorité de mon professeur. Je passais sans accroc, anonyme et caché, depuis le premier regard dans la cour de récréation jusqu’à l’étage. Mais le groupe emmêlé se démêla pour me libérer à l’entrée de la classe et me laisser aller librement par le chemin le plus court vers ma place. Enfin ma place ! Je pensais y être en sécurité, je m’y assis sans attendre. Le professeur de français dominait toute la classe, puis il me repéra, descendit de la chaire et s’avança vers moi. J’étais au deuxième rang, mes mains et mes bras ouverts posés à plat sur la table.

S’il me vit magnifique, il me crut fier de l’être.

- Ainsi JPP, vous insultez vos camarades par vos vêtements, c’est du luxe, c’est du beau !

Il en rajoutait.

Il vint vers moi,  un pas, puis deux et se tint debout devant ma table, moi assis.

Je baissais la tête, honteux dans mon costume de la mort.

- Chemise en nylon ? 

-Oui Monsieur !

- Vous savez JPP le prix d’une chemise en nylon ? Votre tenue par son luxe est une honte infligée à vos camarades. Quel est le prix d’une telle chemise en nylon, dites-nous JPP, dites-nous ? Deux fois le montant du salaire mensuel d’un ouvrier, une fois et demi le salaire mensuel d’un professeur débutant, 2 fois et demi mon salaire ?

Et je pensais chemise d’un mort, costume de la mort, chemise de la mort. Je baissais la tête, malheureux par deux fois, de mon habillement  et du contresens que faisait mon professeur. Au fond je l’aimais bien. Il était mon relais vers la lumière, la remonté que j’espérais depuis des mois, quitter la dernière place pour recevoir de lui un jour les encouragements et pourquoi pas les félicitations du conseil de discipline. Il était injuste avec moi, mais il ne savait pas le trouble profond que ma conscience traversait.

- En outre JPP, vous, un si mauvais élève, comment vos parents peuvent-ils vous récompenser pour des résultats aussi médiocres.

Je tenais là, contre moi, la réponse affligeante de ce pauvre professeur qui croyant m’humilier faisait une grosse gaffe et se couvrait de honte. Mais aux yeux de qui ? J’avais un témoin, mon double mais personne ne l’aurait écouté, trop proche de moi, presque moi, souvent il était moi, si proche de moi que rien ne permettait de nous distinguer.

Fallait il le dire ou le garder le secret de l’habillement, par les vêtements du mort ?

Je gardais le secret, le rajoutant au poids de malheur que déjà je portais. Le surveillant, cet autre moi-même, baissa la tête en silence et nous allâmes nous asseoir, tous les deux faits en un, à cette unique place que la société des hommes nous avait réservée, au deuxième rang de la classe. Il fallu deux ans de misère pour sortir de ce trou. Un jour tout fut fini et ma vie repris son cours. Les bonnes notes furent de nouveau sur mes devoirs et sanctionnèrent mes leçons.

Il y eu d’autres costumes dont aucun ne fut maudit. Ils prétendaient séduire les jeunes filles et même me permirent de passer les examens, d’autres encore plus libres, plus fantaisistes. Cela allait de mieux en mieux pour moi, je travaillais, j’avais plus d’argent, j’achetais, je me sentais libre, je savais que c’était idiot cette relation de liberté avec l’argent, je finissais mes études et faisais des remplacements de vétérinaire en attendant d’être diplômé, de passer la thèse et de trouver un poste dans une clinique. À la fantaisie se mêla la provocation, les chaussures qui me semblaient originales, des Doc Martens, des Kowalski, les vêtements des morts étaient loin, remplacés par les vestes de Jean-Paul Gaultier ou de Versace. C’est ainsi que pour le premier congrès français de dermatologie vétérinaire à Cannes à la fin des années 70, où je présentais un exposé, j’y étais vêtu d’un pantalon rouge, d’un veston blanc, d’une chemise bleu clair décorée d’appétissants bigarreaux. Je fis sensation, non que ma tenue fût exceptionnellement belle, originale ou provoquante mais contrastait avec les vêtements gris et les cardés que portait le JPP de la classe préparatoire et de l’Ecole Vétérinaire de Toulouse. Mes camarades de classe présents ne s’y trompèrent pas. Ils vinrent me saluer pour me féliciter de ce qu’ils appelèrent « La métamorphose ».

A côté de cette fantaisie, de ce chatoiement, il y eut pour moi, des périodes strictement jeans et Doc Martens, non par provocation, mais par goût. La société dans la fin des années soixante et dix changeait, cela ne la dérangeait pas d’habiller tout le monde à l’identique, la mode s’était retournée sur elle-même, hommes, femmes, très jeunes, jeunes, adultes et vieux tous habillés sans distinctions de tranche d’âge, de sexe, l’habit devenait uniforme, au point que nous ne pouvions plus séparer nantis et démunis.

Il put y avoir des accrocs, comme celui qui se produisit avec l’association espagnole d’enseignement post-universitaire des petits animaux. Nous nous retrouvions chaque année à Madrid ou à Barcelone.  Dans cette ville, je fis un exposé apprécié sur la glycémie, salué par mes confrères, félicité par l’ancien président espagnol qui sortait de la présidence mondiale des vétérinaires spécialisés en petits animaux. Ma tenue, jean et Doc Martens, en apparence ne les choqua pas mais, conférences passées, le soir après 22 heures, invité dans un club franchement chic je fus secoué comme par un séisme. C’était une soirée spectacle avec un repas. Discrètement un groupe de quatre à cinq personnes se forma, dont le futur président de l’association espagnole épaulé par sa femme, que je vais dénommer, la Dame, je ne le vis pas sur le moment ou si je les vis je ne réalisais pas qu’un sort se jouait, le mien, c’est plus tard que je compris. Ma tenue décontractée fut assimilé à un laissr-aller insupportable. Ils m’envoyèrent un            

« ambassadeur ». Il me fit discrètement remarquer qu’il fallait retoucher ma tenue. Leur groupe se mobilisa. On me dénicha une veste que je passais, puis la Dame, toute à sa morgue dictée par la haute bourgeoisie Madrilène, compléta ma tenue en retirant de son sac un foulard. Elle me le noua d’un seul geste autour du cou, comme l’on pose une marque sur un bœuf ou plutôt un taureau cocardier et d’un revers de main le gonfla en une élégante lavallière. L’ensemble était assez réussi. Mes confrères Espagnols tous de noirs vêtus en sortirent radieux, semblant amusés et heureux que je ne sois pas excommunié, c’est à dire mis à la porte du club. Plus tard je compris que c’était à ce moment précis que la « Faena » avait commencé. Ils étaient tous habillés de fracs, de smoking et autres tenues de soirées, les femmes en robes longues. En France, pour les même congrès, la mode était passée, seuls quelques élégants et élégantes cédaient à la tradition.

Mais l’affaire ne s’arrêta pas là et il y eu trois « Séries de Passes » qui suivirent ce premier ricochet.

La première « Série de Passes » eu lieu à Madrid, à la réunion suivante. J’y obtins la confiance de mes pairs pour un exposé sur la physiopathologie rénale et fus à nouveau complimenté par le président qui m’avait encouragé à Barcelone l’année précédente. Mais le soir je me retrouvais en tête à tête avec mon épouse dans un restaurant seul conférencier du groupe à ne pas avoir été invité au repas officiel.

Le deuxième « Série de Passes »  me déstabilisa quatre ans plus tard. C’était à Paris. Je fus pressenti par le président français pour être directeur de publications de l’association française. Il me présenta sa demande adroitement formulée :

- Tu es l’homme de la situation, mais il y a quelques conditions.

- A priori je suis d’accord. Qu’elles sont elles ces conditions ?

- Est-ce que tu veux bien ce poste, oui ou non ?

- Je suis touché de votre confiance, ce poste m’honore.Je saurai m’en montrer digne.

- Alors tenue sombre exigée comme dans les soirées, mais ici c’est en permanence, c’est à dire costume sombre et discret, cravate et chaussures sombres et sobres.

Si Paris pour Henri IV valait bien une messe, le journal d’alors, il s’agissait de Pratique Médicale et Chirurgicale de l’Animal de Compagnie, valait bien plus pour moi, l’effort n’était en somme que de choisir une tenue traditionnelle. Ma future secrétaire, noyautée par le Président de l’association, me fliquait. À la prochaine réunion où nous recevions les annonceurs,  je me montrais dans un costume sobre et chic que j’avais acheté aux « Nouvelle Galeries » de Toulouse. Elle le trouva comme elle l’avait souhaité, comme je l’avais annoncé. Ne voulant pas dépenser une fortune, ayant comme en toute chose de ma vie fait toutes les  folies, je n’avais plus envie de reprendre le parcours capricieux des tenues originales, toutes plus chères les unes que les autres. Le prix du costume dit « Nougat », pour « Nouvelle Galerie » était dix fois moins cher qu’un costume de couturier. Élevé dans les sphères de la bourgeoisie bien pensante cette jeune fille avait le principe du choix de cette caste à laquelle, plus ou moins mon changement de statut social me faisait appartenir : si c’est « dit beau, c’est cher », avec le corollaire « seuls les nantis peuvent se payer de belles choses » ce qui permet de se reconnaître, non par la qualité de ce que l’on est mais par le vêtement que l’on porte, donc cher et signé ou du moins étiqueté avec la marque ad hoc.  La secrétaire tourna autour de moi pour savoir le prix, le prix étant la marque, je la cachais, jouant au timide qui ne veut pas que ça se sache, mettant ma main à l’intérieur de ma veste, sous la poche pectorale où s’étalait l'infamante signature du petit tailleur, fabriquant pour les « Nouvelles Galeries ». C’était en quelque sorte respecter la parole donnée à mon professeur de français de 4e, jurer d’éviter le luxe et de rester modeste.  Je jouais un aménagement à ma parole donnée.

La troisième « Série de Passes » se passa au cours du congrès mondial de la WSAVA, association mondiale assurant la réunion annuelle des vétérinaires s’occupant de petits animaux. Nous étions à San Francisco. J’étais convié à la table d’honneur et me retrouvais à la droite de la Dame du président espagnol, celle qui avait transfiguré un foulard en lavallière, m’avait cocardé et offert à la mort virtuelle du bannissement, avait décidé de ma mise à mort pour Madrid. J’avais toujours mon costume sobre des « Nouvelles Galeries » qui semblait avoir le pouvoir magique de me faire considérer et de produire tant d’effet sur la profession, d’un côté comme de l’autre des Pyrénées et maintenant outre-Atlantique.

Elle parlait un très bon français, j’adorais parler espagnol, je me soumis à son choix avec le délice de l’opprimé. Nous parlâmes toute la soirée de tout et de rien, ce qui reste pour moi la meilleure façon de tourner autour de l’ennui sans tomber dedans, jouissant de cet évitement.

Nous avions dépassé le dessert avec une farandole de gâteaux, tarte au potiron, apple crumble, brownies, petits pains à la cannelle, apple pie, pancakes, gâteau à la carotte, cheesecacke et d’autres. Je me rappelle avoir fait l’impasse sur presquetoutes ces merveilles.

Nous tournions de conserve les cuillères dans la tasse de nos cafés, pour moi j’étais les yeux dans le vague, la tête ailleurs, tous autour de la table, les autres de notre confrérie oubliés quand, la Dame se penchant vers moi, comme pour me séduire ou pour m’achever, le coup de grâce en espagnol  « El Muletazo », c’est à dire le coup de l’épée de la mise à mort, planté au travers du garrot du taureau, jusqu’au cœur, à tomber sur la table pour plus d’intimité, me glissa doucement dans un français parfait, une perfection qu’elle n’avait que frôlé au cours du repas :

- Je vois JPP, que vous avez renoncé à vos tenues fantaisistes et que vous vous habillez aujourd’hui avec élégance.

Je la remerciais de son compliment, elle fit vers moi un geste amical, se pencha un peu plus, puis encore un peu plus vers la table tout en se soulevant de son siège. Tout ce précipita et j’eus le réflexe de lui tendre la main, ou le bras, ou le corps, la rattrapant du déséquilibre naissant, évitant une chute calamiteuse qui aurait manqué d’élégance. Comment peut-on tomber avec élégance ? Elle devait savoir, moi pas, élevé dans des établissements laïques de la République française. Nous ne tombâmes pas, j’étais moi aussi entraîné, élégants non, mais je poursuivis le mouvement de nos deux corps et par trois ou quatre pas de côté, je rattrapais notre course et nous remis en selle.

Nous poursuivîmes ces premiers pas incertains par une démarche maîtrisée qui avait retrouvé sa grâce. Je l’accompagnais à petits pas au salon pour finir la soirée dans la soie, les fleurs et l’élégance de ce congrès mondial.

Ici aussi, comme en Espagne, les hommes étaient en noir avec des tenues de soirée et les femmes en robe longue.

 

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