Le Cadeau d’anniversaire - Les nouvelles du Dr JPP

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Auteur : Docteur JPP
Cette nuit je me suis réveillé, une douleur aiguë à la cheville droite, aiguë alors que ce sont des signes d’une maladie chronique ; j’ai une polyarthrite qui a débuté il y a 35 ans. Je me suis levé pour prendre une gélule d’AINS, une classe de médicaments que j’ai contestée toute ma vie pour leurs effets toxiques. Plus de 30 % des insuffisances rénales des chats sont secondaires à l’administration d’un de ces produits, mais moi c’est moi, et je peux disposer de mon corps en toute conscience.
 

J’ai rejoint « une chambre à soi » pour reprendre la phrase de Virginia Wolf, indiquant le havre de paix d’une pièce qui permet, en se retrouvant dans l’intimité, d’écrire.

J’y ai répondu à un confrère qui m’avait posé une question sur les hypoglycémies. Répondre me fait vivre comme écrire des nouvelles.

Dans 5 jours, je vais avoir 72 ans et je me sens encore jeune, un corps de 72,  gouverné par un esprit de 7 et une éthique de 2 ans. Je suis remonté en moi, dans mon passé, pour retrouver le plus beau cadeau d’anniversaire que j’ai reçu. C’était il y a un peu moins de 30 ans, je voulais en faire une nouvelle, je n’ai jamais pu l’écrire, c’était une incapacité qui vient d’un blocage profond que rien de conscient ne peut expliquer.

J’ai aussi donné mon accord à cette ex-jeune fille de plus de 60 ans, de qui j’avais reçu un mail la veille pour envoyer une obole qui permettrait à son fils de faire un court métrage. Il fait ses classes au cœur de la banlieue du grand Paris chez un producteur célèbre qui aurait de très beaux studios. Je suis en train de lire « Laterna Magica » d’Ingmar Bergman qui donne un autre ton sur l’histoire du cinéma, autres tons, autres mœurs. J’ai envoyé un chèque de soutien, mais ce n’est pas un acte gratuit, je vais écrire la nouvelle du « Cadeau d’anniversaire », nouvelle chère à mon cœur et certainement à la chère maman du futur cinéaste.

Elle était une de mes clientes et je ne pouvais pas la voir passer dans la clinique sans avoir un coup de cœur, un attrait, un sentiment amoureux dont parle si bien Georges Brassens dans une de ses chansons « Les Passantes » dont les paroles furent tirées d’un poème écrit par Antoine Pol en 1913.

Moi aussi, j’aurais voulu dédier cette nouvelle :

«  À toutes les femmes qu’on aime

Pendant quelques moments secrets…

Qu’un destin différent entraîne

Et qu’on ne retrouve jamais ».

Décidément le cœur est beaucoup plus intelligent que le sexe, le cœur je veux dire l’esprit. Longtemps je pensais la laisser partir sans lui dire l’émotion qu’elle provoquait en moi, sans jouer ni de l’esprit ni du corps : j’ai un peu d’esprit et n’ai jamais eu de corps.

Je suis mal fait et pas très beau.

C’est Pierre, mon rabatteur préféré, qui me l’avait envoyée.

Pierre, un maquignon reconverti dans le commerce des chiens, des chats, enfin des ânes. Il semblait pouvoir faire de l’argent de tout. Bien fendu de gueule, baratineur, excellent commerçant, grand travailleur, appliqué, très intelligent, honnête. Il était une des exceptions des hommes exerçant ce métier. Éleveur, pas revendeur, d’une propreté exemplaire, vous auriez mangé par terre dans chacune des salles de son élevage.

Il lui avait dit :

- Si tu as des soucis pour ta chienne va voir JPP.

C’était une belle chienne de race St Bernard. Des soucis, elle en eut plusieurs, dont un purpura cutané ventral, massif. Il fut pour moi le plus important purpura de ma vie. J’avais fait des photos du ventre de la chienne immortalisant les taches purpurines. Quelques-unes montraient la main de sa maîtresse, un anneau de vert de jade profond passé à l’annulaire.

Parfois, il me plaît de regarder encore cette photo publiée dans une revue médicale.

Elle avait alors un ami, il était beau et distingué, elle en changea, le suivant semblait ordinaire et sans attrait. Sans vergogne je le lui dis. Marie me le reprochera plus tard. Je la voyais passer dans la clinique, aller et venir selon les soins et examens depuis la salle d’attente, au chenil, aux salles de radiographie et d’hospitalisation, entrer, sortir, entrer, partir, repartir chez elle. Ils habitaient un hameau dans le massif de l’Espinouse. Elle repartait chez elle le plus souvent seule.

Un soir, à la fin de la consultation, elle attendait mon signal pour la fin des soins. Nous nous rencontrâmes au centre géographique de la clinique, centre stratégique, centre des décisions, ce soir-là centre des déclarations.

Je n’étais pas tombé dans le piège que dénonçait Georges Brassens. Lui regrettait son silence apposé à tant de beauté du corps et de l’esprit. Je ne voulais pas suivre la voie du silence, laisser passer la passante sans lui dire l’émotion qui m’envahissait à chacune de nos rencontres.

Elle avait un si charmant visage, de l’esprit plus que de raison, noire de teint, blanche de peau, c’était une méditerranéenne avec son feu, celui d’un soleil enfermé dans sa tête, enfermé depuis des générations, sous pression, prêt à exploser. Je lui fis une déclaration. Elle me regarda émue, m’avouant qu’elle ne me trouvait pas beau et même plutôt mal bâti, mais que j’avais un je-ne-sais-quoi.

Il y avait dix ans que nous nous connaissions et elle ne m’avait jamais dit cette chose que je cherchais depuis toujours sans arriver à la trouver. Je la regardais avec tendresse. Je l’aurais presque remerciée d’avoir trouvé.

C’était une cavalière. Elle avait deux chevaux, des hongres, un Camarguais et un Espagnol. Elle ne laissait monter par d’autres que le Camarguais jamais l’Espagnol. Elle eut tôt fait d’éjecter son précédent cavalier, quant au suivant, sans bien savoir monter, il se tenait en selle. Ce fut un des moments très heureux de mon existence, j’en étais à la moitié du temps de vie ordinairement accordé aux hommes. Cette parenthèse dura  trois ans. Nous partions tous les deux nus à cru sur l’Espagnol. Il remontait ou descendait le lit des ruisseaux, des rivières à l’entour du hameau, marchant dans la futée des aulnes de la colline. Je jouissais de la vie, de la vue de ce cheval et de nous le montant, tant de beauté en un seul être, voir la vie de si haut. C’est à Dominique Sanda sur un cheval blanc dans « 1900 » de Bernardo Bertolucci à qui je devais la splendeur de ce jeu de mes rêves. J’ai toujours rêvé et je rêve encore, tout comme mon grand-père maternel qui m’apprit à rêver.

Nous envisageâmes de tout plaquer et de partir comme des sauvages à l’étranger. L’Amérique latine nous tentait, peut-être l’Argentine ou le Mexique.

Puis tout retomba, elle n’était pas seule, mais elle le devint, se séparant de son dernier copain. Elle fit construire une maison dans la  grange qu’elle avait obtenue au partage. Elle divisa la partie qu’elle obtint en deux par une vitre épaisse, d’un côté son appartement, un loft sur deux étages, de l’autre, le cheval et son écurie toute de paille matelassée. Je continuais les aller-retours entre la clinique et sa double maison. Lorsque j’étais de garde, je dormais à la clinique. Je partageais mon temps entre mon métier et ce coin de paradis. Là, nous vivions la plupart du temps nus depuis les  matins jusques aux soirs, ce qui n’était pas facile pour moi,  mal bâti comme je l’étais. Je m’habituais à mon corps. Il se dorait au soleil, se musclait aux travaux des champs. Je n’avais plus honte de lui.

Un jour, parti à la cueillette de stellaires, je vis au travers de la fente d’effondrement du mur d’enceinte l’extérieur de notre paradis. Le hameau était au bas des pentes, bien séparé. Là, une église, des maisons, des fermes et des granges, des humains, une autre activité, des vaches, deux chiens, un feu allumé à des broussailles, un paysan qui activait et surveillait les flammes, c’était l’ailleurs que j’avais oublié.

Je rentrai à la ville. Nous restâmes séparés 2 mois. Elle me téléphonait, nous nous écrivions, ses lettres plus que les miennes était violentes et désespérées.

Je n’allais pas tout quitter pour elle, pour Marie, et ce prénom résonnait douloureusement dans mon corps. Il fallait penser à quitter la grange.

Pendant plus de dix ans je me suis méprisé de cette lâcheté.

Marie revint me chercher, c’était pour mon anniversaire, me confiant qu’elle m’apportait un cadeau. Nous partîmes de la clinique, elle me prit la main, de l’autre emportait son sac à main.  Elle m’entraîna au-dehors, une douce chaleur et une lumière de fin de printemps nous accueillirent. Nous prîmes ma voiture et allâmes dans un coin de campagne que nous savions désert, excepté une fois l’an, où des compétitions de moto cross se déroulaient

Nous étions là cachés par des taillis appelés communément ronces, un enchevêtrement de haies portant des baies qu’on appelle ici dans le midi des mûres. Ma voiture, je m’en souviens était une BMW 1501, elle avançait facilement dans un chemin qui pouvait sembler impraticable à celui qui ne l’empruntait pas. Bien enfoncée dans ce massif de buissons, d’arbustes, le long d’un petit ruisseau, la voiture à un moment ne put plus avancer consciente du danger qu’elle pouvait courir.

Je m’arrêtai, nous nous regardâmes longuement, elle était amaigrie, son visage moins lumineux, puis nous nous jetâmes dans les bras l’un de l’autre avec le désagrément que vous connaissez, celui d’un lit virtuel composé de deux sièges avant rabattus et du changement de vitesse pointant en plein milieu.

Marie me regarda, elle me dit :

- Tu as grossi, tu es moins beau, la campagne doit te manquer ?

Puis nous refîmes le plongeon de l’un sur l’autre qui nous avait tellement plu et rapproché.

- Je n’ai pas oublié ton anniversaire, je t’apporte un cadeau, il est caché sur moi ou alentour. C’est à toi de le trouver !

Elle leva les bras en signe de reddition, agita ses mains, remua ses doigts en les décalant l’un par rapport  à l’extrémité de ses bras.

Alors je me mis à la fouiller, gentiment, en vain. Je la pelotais au passage, passant par devant elle, attardant mes mains sur ses seins. Je lui fis un baiser, un vrai french kiss, comme si je cherchais avec ma langue un cadeau sous la sienne, rien, rien, mille fois rien. Ses lèvres véloces échappaient à mes lèvres, elle plaquait ma langue sous la sienne, la délaissait, la reprenait et la laissait filer comme on lâche en jouant un poisson dans le cours d’une eau glacée.

C’était un jeu. Il devint lourd, le temps s’écoulait, je m’échauffais de passer sur son corps, sous ses bras, sur ses fesses, sur ses cuisses, entre ses cuisses. Je lui enlevai les chaussures, elle portait des bas, ou un truc comme ça, c’était luisant et noir, du nylon sur ses jambes, ses cuisses, elle savait que j’aimais le nylon noir, je lui avais écrit un poème sur le nylon noir, rien, nothing, nada, rien ! Pas de choses repérées, pas une seule, pas un cadeau et pourtant, cela allait être mon anniversaire et rien, rien, merde…

Bien évidemment ce n’était pas l’absence de cadeau qui m’exaspérait, je lui devais mille fois plus qu’un cadeau, c’était mon incapacité à trouver, mon absence d’imagination, de sagacité, mon orgueil était en jeu, mon petit orgueil de mâle comme celui de vétérinaire, bafoués tous les deux, comme un diagnostic qui aurait pu m’échapper, des tas m’avaient échappé, mais là il y avait un témoin, la femme de ma vie, elle me faisait marcher, elle me tenait en échec…

C’est alors que je remarquai qu’elle passait son sac que j’avais oublié d’une main à l’autre, toujours abandonné dans une main et tenu par un coin du sac, et hop et voilà…

- Hop et hop. Par ici la monnaie par ici…

- Hop !

Je me mis à toucher le sac au travers de son enveloppe,  cuir ou simili, plastique ou tissu ? Je ne me souviens  pas, Je tâtais le sac, je caressais Marie, je caressais le sac, je tâtais à tâtons Marie, le désir montait en moi comme une marée d’équinoxe…

- Tu peux ouvrir le sac me dit-elle avec un sourire !

Je compris que c’était encore une fausse piste et délaissant son sac, j’entrepris une fouille au corps plus sérieuse et au plus près de sa peau, elle partit d’un éclat de rire, s’échappa par des mouvements de fesses de droite et de gauche, fit mine de protester et même de se fâcher, me regarda langoureusement mais avec sérieux, un sérieux qui alla aux tréfonds de mon ventre, je bandais mais ce n’était pas un petit désir, un désir ordinaire, un désir qui se suffit à lui-même, un désir que l’on peut traiter en solitaire. Je perdis mon rire, mon goût de l’amusement, j’étais gagné par d’autres sentiments, c’était le désir, le désir profond de l’amour qui s’insinuait en moi, je n’avais plus envie de m’amuser, j’avais envie de faire l’amour, j’avais envie de la retrouver, de vivre et de finir mes jours avec elle, avec Marie.

Puis je retournai au jeu, il fallait le trouver ce cadeau d’anniversaire…

C’est alors que je réalisai comme j’avais été inattentif et sot.

Je plongeai doucement la main sous ses jupes remontant tout le long de la couture du nylon de ses bas que je ne voyais pas, que je caressais avec langueur. Tout en haut le nylon s’arrêtait sur une bordure que je parcourus de la pulpe de mes phalanges de ma main gauche puis de la droite. C’était une jarretière en dentelle, mon rêve, je les lui avais souvent réclamés, ce n’étaient pas des bas, pas des collants, mais des Dim up :

- Mon royaume pour des Dim up lui avais-je réclamé !

J’avais mes Dim up, elle aurait son royaume.

Je la bécotais, pas comme j’avais embrassé maman et papa, eux c’était sur les joues, quand ils m’offrirent mes premières Dinky Toys, après la 2e guerre mondiale, il y en avait cinq, trois voitures et deux camions. C’est idiot, vous devez trouver que c’est idiot comme comparaison, mais j’avais eu la même ivresse à 6 ans que de sortir de chaque boîte en carton mes premières autos miniatures.

- Et c’est tout me dit-elle ? Tu n’as pas bien regardé, passe ta main encore une fois ou plonge ton regard, tu me dis avoir un regard de clinicien à qui rien n’échappe, mais là, je doute de tes conclusions.

- Quoi, quoi, quoi ?

Dis-je vexé et presque grincheux.

- Tu n’as fait que la moitié du diagnostic et la moitié, comme tu me l’as souvent annoncé, ce n’est rien. L’autre moitié d’un diagnostic, s’il n’est pas élucidé, peut entraîner l’échec, c’est-à-dire la mort d’un animal, un chien, un chat, plus grave d’un cheval.

- Cherche divin chéri, cherche, et tu auras la totalité du cadeau.

Alors je tirai aussi haut que je pus la jupe vers le haut, délicatement…

Marie fermait les yeux, pudiquement pour la deuxième surprise qu’elle m’avait ménagée.

Haut tirée la jupe, je lui écartai tendrement les cuisses. Les Dim up étaient là, symétriquement enfilés  tout au long de ses jambes puis de ses cuisses.

Et là entre ses cuisses, sa peau ! Elle n’était pas habillée, pas de culotte, pas de panty, pas de body sculptant, pas de lingerelle, pas d‘autres sous-vêtements ou de marques couvrant les dessous dont j’aurais pu ignorer le nom, non ! Le haut était nu et la découverte d’une peau glabre indiquait qu’elle s’était rasée pour mon anniversaire, par amour, laissant voir la plus belle peau blanche que l’on puisse imaginer, soyeuse, onctueuse, immaculée et tout au milieu, bien fendue ; la plus belle des chattes de femme que j’aie jamais vue, jamais imaginée, que je ne verrais plus de toute ma vie et cela jusqu’à la fin des siècles et des siècles. J’étais ému que ce soit mon cadeau d’anniversaire, un cadeau sacré de Marie à son amoureux.

Je repris mes esprits et l’intuition dont j’étais si fier.

La conclusion tomba :

- Je ne verrai jamais plus de chatte aussi belle que la chatte de Marie.

Notre liaison reprit doucement avec beaucoup de tendresse, peut-être moins de passion.

Six mois plus tard, je revins dormir chez elle dans le duplex qu’elle partageait avec ses chevaux. J’allai à Paris recevoir un prix de médecine reconnu. C’était le premier prix professionnel que je recevais. Je pris l’avion et à Paris le métro.  Dans le métro, je fus saisi d’une angoisse qui m’obligea à descendre à la station Odéon. Je lui téléphonai d’une cabine à son travail, ce que je ne faisais jamais. Elle était la secrétaire de direction du grand Patron d’une multinationale qui fabriquait des centrales nucléaires.

- Allô, c’est moi ma chérie

- Oui mon Amour, tu as l’air malheureux, tu es anxieux de recevoir ce prix ? Ne te fais pas de soucis, cela va bien se passer.

- Ce n’est pas cela, je voudrais savoir si tu m’aimes ?

La question était stupide mais encore plus ce jour-là, jour de liesse, à ce moment-là. Marie avait décidé que nous resterions chez elle. Elle voulait faire le repas en mon honneur…

- Pardonne-moi.

Je raccrochai, allai chercher mon prix, je ne me souviens pas où cela se passait, ni comment cela se passa, ni quelles autorités politiques et professionnelles il y avait. Je ne revois, à côté du buffet, sous les lustres de la salle, qu’un très vieux monsieur, docteur vétérinaire de son état, celui qui avait donné son nom au prix que j’allais recevoir. Il affichait un sourire de satisfaction et d’amitié profonde en me regardant. Il semblait fier de cette filiation. C’était comme un passage de témoin. Cela faisait plus de 15 ans que nous collaborions et partagions nos idées, nos prélèvements et  nos travaux par lettres, colis postaux et téléphone.

Après la cérémonie je repris l’avion puis je rentrai.

Dès que ma voiture pénétra sous le hangar, elle se précipita. Nous nous embrassâmes avec passion.

Nous rentrâmes dans l’appartement enlacés marchant en crabe.

La table était mise, une magnifique table avec un nappe en dentelle, deux bouquets de fleurs de son jardin, des couverts, de la belle vaisselle, deux chandeliers, une odeur de vapeur de légumes qui annonçait une volaille aux choux, c’était une pintade.

Nous bûmes du champagne, nous mangeâmes des tartines, mais tout était séparé, sans âme, les choses les unes à côté des autres, sans cohésion, sans liaison, des choses mortes inanimées, tout était mort, moi aussi j’étais mort, mon âme était morte.

Marie était radieuse de ce prix, de mon retour, de ma réussite.

C’est alors que je lui ai dit en éclatant en sanglot :

- Je sais que c’est fini !

Elle me regarda étonnée les bras le long du corps.

- Que notre amour est fini…

- Mais qu’est-ce que tu racontes, mais non !

Je répétai la phrase elle me regarda encore deux fois. Elle laissa passer un long temps de silence, enfin elle me dit :

- Pas fini… Non pas fini, il ne sera jamais fini ! Notre amour ne finira jamais… 

Puis un autre long silence qu’elle interrompit par cette phrase qui confirma mon intuition.

- J’ai rencontré un collègue, il me fait la cour, je ne me suis pas donné à lui, je vais le faire, il me plaît, je crois que je l’aime, je vais coucher avec lui.

Je restai là sans voix, tout était sombre, presque noir. J’étais immobile bras ballants, sans voix, sans cri, bien que désespéré et prêt à hurler. Mais ma voix est restée muette, pas un son n’est sorti de ma gorge, plus un mot, pas un cri pour donner du sens à ce qui m’échappait.

Marie s’avançait, je reculais d’un pas. Elle parvint à me saisir une main et m’attira vers elle. Je ne cherchais plus à fuir,  à m’échapper, au contraire, je fis un pas vers elle, un tout petit pas. Elle vint vers moi, puis elle me prit contre elle, me berçant un long moment debout l’un contre l’autre, dans ses bras refermés sur moi, les mains ouvertes, ses pouces me caressant la base et le long du cou. Je restai inerte.

Elle ajouta une phrase que je ne compris pas sur le moment, il me faudra une semaine, un mois, six mois, un an, plus encore pour bien l’entendre, peut-être beaucoup plus. Aujourd’hui encore je viens de l’écrire, mais ne la comprends pas :

- Je voudrais que nous restions ensemble, que nous vivions tous les trois.

Nous passâmes la nuit ensemble, ce fut notre dernière nuit.

Au matin je la quittais.

Je rentrai comme tous les matins avant tout le monde à la clinique et sans bruit, j’allai voir au chenil les animaux hospitalisés.

Une matinée, dans les premiers mois de l’année suivante, je trouvai un bouquet de fleurs abandonné sur mon bureau à la clinique, avec une carte épinglée sur le papier l’enveloppant, un simple prénom «  Marie ».  C’était le jour de mon anniversaire, une jeune femme l’avait déposé et s’était enfuie sans rien dire. J’étais disloqué, je n’avais pas essayé de vivre un seul instant ce que longtemps je lui avais imposé : Vivre l’amour entre deux amours.

 

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