Rupture des ligaments plantaires chez un braque allemand

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Dr Bertrand Vedrine – clinique de la Douzillère, 1 rue de la Douzillère – 37300 Joué-lès-tours - 0247671093

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Cas clinique

Anamnèse et commémoratifs

Une chienne braque allemand de 5 ans est présentée à la consultation pour une boiterie du membre postérieur gauche apparue brutalement.

Examen clinique

L’examen général ne révèle aucune anomalie. La chienne est en surpoids. L’examen orthopédique montre une suppression d’appui du postérieur gauche, un gonflement important de la région palmaire du tarse gauche. La manipulation du tarse est indolore. La mobilisation permet de mettre en évidence une instabilité dorso-palmaire avec une hyperextension du tarse. Les ligaments collatéraux ne sont pas touchés.

Examens complémentaires - Diagnostic

Des radopgraphies sont réalisées sous anesthésie générale. La vue de face ne montre pas d'anomalie. (photo 1). Sur la vue de profil on note la présence de fragments osseux au niveau de l'articulation calcaneo-quarte, sur la face plantaire du tarse. Une seconde radiographie est réalisée avec le tarse en hyperextension : un baillement anormal est alors mis en évidence entre le calcaneum et l'os IV du tarse. Une instabilité est également notée entre le talus et l'os central du tarse qui est décalé dorsalement (photos 2 et 3). Le diagnostic de rupture complète des ligaments plantaires est alors confirmé.

Photo1 Photo2 Photo3

-------------Photo 1----------------------------- Photo 2----------------------------------Photo 3

Traitement chirurgical

Une arthrodèse par plaque est réalisée. Le tarse est abordé sur sa face latérale. L’articulation intertarsienne proximale est incisée, les surfaces articulaires sont abrasées à la fraise. L’interligne articulaire est comblé par une greffe d’os spongieux prélevé au niveau de la crête iliaque gauche. Une plaque DCP pour vis de 2,7mm de 9 trous est appliquée sur la face latérale du tarse. 1 vis de 2,7mm est mise en place dans l’os IV du tarse. 1 seconde vis est alors placée dans le calcanéum en réalisant une compression interfragmentaire entre l’os IV et le calcaneum. Les autres vis de plaques sont rajoutées pour obtenir au final 4 vis dans le calcaneum, 1 dans l’os IV et 4 dans les métatarsiens.

La radiographie de contrôle est satisfaisante avec absence de rotation ou d'angulation (photos 4 et 5). Une attelle est mise en place pour une durée de 6 semaines. La chienne  reprend appui le soir de l'intervention.

Photo4 Photo5

-------------Photo 4----------------------------------- Photo 5------

Discussion

Epidémiologie/Etiologie

Les ruptures des ligaments plantaires sont fréquemment rencontrées chez le chien, plus rarement chez le chat. Les Shetlands et les Colleys seraient prédisposés à cette affection. La majorité des chiens atteints sont des chiens de travail (chiens de course comme les lévriers, chiens de chasse). La surcharge pondérale est un facteur favorisant comme dans notre cas.

La rupture peut survenir suite à un choc, généralement la réception d’un saut, mais les propriétaires ne rapportent le plus souvent aucun traumatisme connu.

Diagnostic

Un gonflement est souvent mis en évidence au niveau du site de rupture. Une instabilité en hyperextension est généralement mise en évidence facilement d’autant plus que la manipulation est peu douloureuse et ne génère pas de réticence de la part de l’animal. La radiographie permet de confirmer le diagnostic. Les radiographies standards (face et profil) ne suffisent parfois pas et il faut alors avoir recours à des radiographies en contrainte (hyperextension) pour visualiser l’instabilité. L’analyse des radiographies doit permettre de différencier une rupture du ligament plantaire limitée à l’articulation calcaneoquarte (rupture isolée du ligament tarsien reliant le calcaneum à l’os IV du tarse) d’une rupture complète intéressant également l’articulation talocentrale (rupture de tous les ligaments plantaires). Dans ce dernier cas il y a une réelle luxation de l’articulation intertarsienne proximale. Lors d’avulsion ligamentaire, il est possible de voir de petits fragments osseux détachés comme dans le cas décrit.

Traitement

Les traitements conservateurs ne donnent pas de bons résultats car le ligament plantaire est long à cicatriser et les forces importantes qu’il subit retardent sa cicatrisation. Les sutures ligamentaires sont également décevantes pour les même raisons. Le traitement chirurgical par arthrodèse est préconisé.

Lors de rupture isolé du ligament tarsien, la mise en place d’un hauban donne de bons résultats (broche inserée depuis le calcaneum en direction de l’os IV avec un cerclage à effet de hauban sur la face palmaire du tarse).

Lors de rupture complète des ligaments plantaires, l’articulation est complètement instable et l’arthrodèse par plaque latérale est la solution de choix même s’il est également possible d’utiliser un fixateur externe. Une attelle est généralement mise en place pour 6 semaines pour protéger la plaque.

Pronostic

Le pronostic fonctionnel est généralement bon puisque l’arthrodèse ne touche pas l’articulation tibiotarsienne, la seule avec une amplitude articulaire importante lors de la locomotion.

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