Un cas de paraphimosis chez un furet (Mustela putorius furo)

furet-paraphimosis
Auteurs : Dr Christophe Bulliot, Dr David Benaïm
Ce cas clinique présente un furet de 3 ans amené en consultation pour un paraphimosis dont le traitement sera chirurgical.
 

Christophe Bulliot,
DMV, consultant exclusif NAC, 
clinique vétérinaire Exotic Clinic, 
38 rue Robert Cousin, 77176 Nandy 


David Benaïm,
DMV, ancien interne de Chirurgie ENVA,
consultant en chirurgie,
clinique vétérinaire du Pont de Neuilly,
10 rue Bailly, 92200 Neuilly sur Seine  



MOTIF DE CONSULTATION  

Un furet de 1 an et demi castré est amené en consultation pour un paraphimosis récurent.  


COMMEMORATIFS - ANAMNESE  

Le sujet est un furet (Mustela putorius furo), stérilisé à l’âge de un an et demi. Son environnement et son alimentation sont corrects et l’animal ne présente aucun antécédent médical. Le furet est en très bon état général. Le propriétaire relate plusieurs périodes de rut antérieures à la castration et ayant commencé dès la puberté, durant lesquelles un paraphimosis avait déjà été observé. Le phénomène a persisté même après la stérilisation et s’est amplifié dernièrement. Le propriétaire n’a pas réussi à réintégrer le pénis de son furet dont l’extrémité reste extériorisée sur environ 1 cm. Le furet se lèche en permanence. Aucun symptôme urinaire n’a tété observé.  



EXAMEN CLINIQUE ET DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL  

L’extrémité du pénis est visible et légèrement violacée (photo 1). Sa palpation entraine une vive réaction du furet. La palpation du reste du pénis et notamment de l’os pénien n’est quant à elle pas douloureuse. Nous n’observons ni déformation, ni gonflement à l’exception de l’extrémité du pénis. La peau du fourreau n’est pas invaginée mais semble exercer une striction autour du pénis. Une anesthésie flash à l’isoflurane est pratiquée pour manipuler plus facilement le pénis du furet (photo 2). Celui-ci est facilement mobilisable dans le fourreau mais semble plus long que ce dernier.


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Photo 1 : observation du paraphimosis


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Photo 2 : observation rapprochée du paraphimosis sur le furet tranquilisé


EXAMENS COMPLEMENTAIRES ET DIAGNOSTIC  

Une radiographie de l’os pénien est effectuée pour rechercher une malformation ou une ancienne fracture. Aucune anomalie n’a été révélée. Le diagnostic de paraphimosis associé à une malformation (fourreau trop court) est posé.  



TRAITEMENT

Un traitement chirurgical est entrepris. Le furet est anesthésié à l’isoflurane et la zone opératoire préparée classiquement (photo 3). Une reconstruction de l’orifice préputial est choisie. Une découpe en « V » de la peau du fourreau est réalisée à la lame de bistouri. Une languette de 2 mm de peau est reséquée sur chaque bord pour agrandir l’ouverture (photo 4). La muqueuse excédentaire est retirée et une hémostase soignée est faite.  Des points simples suturant la peau à la muqueuse sont régulièrement positionnés (vicryl 3/0) de façon à laisser apparaitre le pénis et le laisser sortir sans contraintes, tout en le recouvrant latéralement (photo 5). Il est à noter qu’un nylon 4/0 est plus adapté pour éviter les inconvénients de l’effet capillaire des fils tressés.  Une antibiothérapie per et postopératoire (enrofloxacine 5 mg/kg/12h, 8 jours) et une analgésie (méloxicam 0.2mg/kg/24h, 4 jours) sont instaurées. Les fils sont retirés sous anesthésie flash gazeuse à l’isoflurane une dizaine de jours après la chirurgie. Le furet est revu régulièrement durant les mois suivants. L’extrémité de son pénis est encore légèrement visible mais ne présente ni aspect congestionné ni gêne pour l’animal.  


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Photo 3 : observation du paraphimosis en préopératoire après tonte


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Photo 4 : découpe de la peau et de la muqueuse excédentaire


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Photo 5 : pose de points simples cutanéo-muqueux  



DISCUSSION  

Les cas de paraphimosis sont rares chez les furets probablement car ils sont stérilisés dans la grande majorité et ne présente donc pas de sexualité ni d’excitation qui prédispose à cette atteinte. Dans ces cas, la castration permet généralement de résoudre le problème. Le cas présent est plus rare car il concerne un furet stérilisé. L’observation d’épisodes de paraphimosis antérieurs et postérieurs à la castration et ayant débuté sur le furet jeune ainsi que la manipulation d’un pénis mobile mais semblant « coincé » dans un fourreau trop court nous oriente plus vers une malformation individuelle. La chirurgie a eu pour but de lever la striction autour de l’extrémité du pénis occasionnant douleur et œdème et non de permettre la réintroduction du pénis dans un fourreau à priori trop court.  


BIBLIOGRAPHIE  

1 - Lewington J. H., Ferret husbandry, medecine and surgery. Ed Saunders, second edition, Edinburgh, 2007.
2 - K.E. Quesenberry and J.W. Carpenter, Ferrets, rabbits and rodents, clinical medicine and surgery. Ed Saunders, second edition, Saint-Louis, 2004.
3 - Fox J.G., Biology and diseases of the ferret. Ed Williams and Wilkins, second edition, Baltimore, 1998.  

Crédits photos : Christophe Bulliot

- Un cas de paraphimosis chez un furet, revue pratique des animaux sauvages et exotiques, 2010

 

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