Adénomégalie chez un cobaye (Cavia porcellus)

AUTEUR

Dr Christophe Bulliot
Exercice exclusif NAC
Vice président du GENAC
Chargé de consultation et d'enseignement à l'ENVA
Clinique vétérinaire Exotic Clinic
38 rue Robert Cousin
77176 NANDY
Tél. 01 64 41 93 23
http://exotic-clinic.fr

Extrait de la revue Pratique des animaux sauvages & exotiques, vol 4.2, été 2004.

Copyright sur le texte et photos


Résumé :

Ce cas clinique présente un cochon d’Inde amené en consultation pour une importante masse cervicale. L’examen clinique et les examens complémentaires permettront de conclure à un cas de lymphadénite cervicale du cochon d’Inde dont le traitement sera chirurgical.

Mots-clés : NAC, cochon d’Inde, lymphadénite, Streptococcus.

Motif de consultation 

Un cochon d’Inde (Cavia porcellus) mâle de 4 ans est présenté en consultation pour une volumineuse masse rétromandibulaire évoluant depuis une semaine.

Commémoratifs - anamnèse

L’animal ne présente aucun antécédent médical et chirurgical. Son environnement et son alimentation sont à priori corrects. L’état général de l’animal est bon.

Examen clinique et diagnostic différentiel

L’examen clinique met en évidence une masse cervicale volumineuse (5 cm de diamètre) (photos 1 et 2), de consistance dure, située caudalement à la mandibule gauche de l’animal, sous l’oreille. Elle est faiblement mobilisable et n’est ni douloureuse ni gênante pour l’animal (mouvements de tête normaux). La peau en regard de la masse ne présente aucune lésion. L’examen du conduit auditif et de la cavité buccale ne révèle aucune anomalie. Le reste de l’examen clinique est normal.

A cette étape de la consultation, les hypothèses diagnostiques pouvant être formulées sont un abcès, une lymphadénite ou une néoplasie (lymphosarcome, ostéosarcome).

photo1           photo2

Photo 1 : adénomégalie cervicale (après tonte).    Photo 2 : adénomégalie cervicale (après tonte).

Examens complémentaires et diagnostic

Les examens complémentaires de choix sont la numération / formule sanguine, la ponction et la radiographie.

La ponction de la masse  à l’aiguille 20G révèle la présence de pus.

Des radiographies de face et de profil du crâne et du cou sont effectuées. Les racines dentaires et les structures osseuses sont normales ce qui permet d’écarter l’hypothèse d’abcès dentaire. La masse ne présente pas de densité osseuse ce qui permet également d’écarter l’hypothèse d’ostéosarcome de la mâchoire. Elle est située caudalement à la mâchoire et non en regard des masséters. La masse observée est donc plus probablement un nœud lymphatique cervical abcédé.

Les résultats de la numération / formule révèlent une faible leucocytose.

Une adénomégalie limitée à un seul nœud lymphatique, le bon état général de l’animal et la faible leucocytose ne sont pas en faveur d’un lymphosarcome (se reporter au cas clinique « œdème et polyadénomégalie chez un cobaye (Cavia porcellus) » PASE N° 3.4, 2003 (1), ainsi que pour les normes hématologiques (2))

Suite à l’examen clinique et aux résultats des examens complémentaires, l’hypothèse diagnostique de lymphadénite cervicale est la plus probable.

photo3     photo4

Photo 3 : radiographie de profil de la tête.     Photo 4 : radiographie de face de la tête.

TRAITEMENT

Le traitement chirurgical est proposé et entrepris. Une incision est effectuée en regard de la masse suivie d’une dissection mousse en contournant la masse dont l’exérèse s’avère facile (photo 5). La peau est ensuite suturée (photo 6). La masse est incisée après son exérèse et laisse échapper un pu épais. Une antibiothérapie est instaurée (enrofloxacine 5 mg/kg/12h, 8 jours PO). 

photo5       photo6

Photo 5 : exérèse du ganglion.                         Photo 6 : cochon d’Inde après chirurgie.


DISCUSSION

La lymphadénite cervicale est fréquente chez le cochon d’Inde. Elle est nommée « cervical lymphadenitis » ou « lumps » (masse) par les Anglo-Saxons. Elle est le plus souvent due à une infection par Streptoccocus zooepidemicus (Streptobacillus moniliformis a parfois été isolé). Ce germe gram positif appartient aux Streptocoques du groupe C de Lancefield [l’autre groupe de Streptocoques rencontrés chez le cochon d’Inde est le pneumocoque (Streptococcus pneumoniae) (6)]. Il est présent de façon normale dans l’oropharynx du cochon d’Inde. Il peut devenir opportuniste et traverser la muqueuse lors d’ulcération de celle-ci (mastication d’herbes abrasives, frottements des dents contre la muqueuse lors de malocclusion dentaire…) (4-8). Les plaies de morsure peuvent également être une porte d’entrée pour le germe (4). Ce dernier gagne ensuite le nœud lymphatique cervical qui va s’abcéder (8). Des cas de septicémies, de pneumonies, d’arthrites et d’avortements secondaires par dissémination des germes ont également été rapportés avec une mortalité rapide en 2-3 jours dans certains cas évoluant de façon aiguë (4-6-8-10). E. Wasel signale également des cas de torticolis avec atteinte de l’oreille moyenne et interne (10). Le stress serait un facteur favorisant de cette affection (10).

Le diagnostic repose sur l’examen clinique et peut être confirmé par la cytologie et la bactériologie (4-8). Dans le cas présent, en raison de l’importante taille de la masse et de sa localisation très proche de la mâchoire, une radiographie a été réalisée afin d’écarter les hypothèses d’ostéosarcome (photo 7), et d’abcès dentaire ou mandibulaire (photos 8-9).

photo7

Photo 7 : ostéosarcome de la mâchoire chez un cochon d’Inde.

photo8 

Photo 8 : abcès de la mâchoire chez un cochon d’Inde.


photo9 

Photo 9 : abcès de la mâchoire chez un cochon d’Inde.

 

Le traitement chirurgical avec exérèse complète du ou des nœud(s) lymphatique(s) atteint(s) est le traitement de choix (7-8). Des récidives, après chirurgie, d’infections dans les tissus adjacents sont possibles. L’antibiothérapie seule ou le drainage du pus par incision du nœud lymphatique ont moins d’intérêt (7-8).

Une antibiothérapie doit être mise en place. D. Schaeffer et T. Donnelly conseillent l’utilisation d’enrofloxacine (2.5-10 mg/kg/12h, PO, SC, IM (10)) ou de l’association sulfamide-trimethoprime. P. Fleknell propose un traitement à base de céphalosporines qui présentent cependant un risque d’entérotoxicité (4). Carpenter J.W. (et al) et Fleknell P. proposent respectivement l’utilisation avec précaution de la céphalexine à la dose de 50 mg/kg/j IM (2) ou 15 mg/kg/12h IM (4). L’isolement du cochon d’Inde de ses congénères est conseillé jusqu’à sa guérison (8-10).

Bibliographie

  1. 1- Bulliot C., 2003. Œdème et polyadénomégalie chez un cobaye (Cavia porcellus). Pratique des Animaux Sauvages et Exotiques, vol 3.4, p 16-18.
  2. 2- Carpenter J.W., Mashima T.Y. et Rupiper D.J., 2001. Exotic animal formulary. 2d edition. Ed W.B. Saunders Company, 423 p.
  3. 3- Courtin F. et Caron O., 2003. Prise de sang à la veine saphène externe. Le Point Vétérinaire, n°240, p 54-55.
  4. 4- Fleknell P., 2002. Guinea pigs. In : Meredith A. et Redrobe S., BSAVA Manual of Exotic Pets, 4th edition, p 58.
  5. 5- Hoefer H.L., 1999. Common problems in Guinea pigs. North American Veterinary Conference, Orlando.
  6. 6- Jornet-Boullery M. et Bourdeau P., 1986. Le cobaye 2ème partie : pathologie. Le Point Vétérinaire, Vol 18, n°96, p 141-154.
  7. 7- Mullen H., 1997. Soft tissue surgery. In : Hillyer E.V. et Quesenberry K.E., Ferrets, rabbits and rodents, clinical medecine and surgery. Ed W.B. Saunders company, p 283-288.
  8. 8- Schaeffer D.O. et Donnelly T.M., 1997. Disease problems of guinea pigs and chinchillas. In : Hillyer E.V. et Quesenberry K.E., Ferrets, rabbits and rodents, clinical medecine and surgery. Ed W.B. Saunders company, p 260-281.
  9. 9- Smith D.A. et Burgmann P.M., 1997. Formulary. In : Hillyer E.V. et Quesenberry K.E., Ferrets, rabbits and rodents, clinical medecine and surgery. Ed W.B. Saunders company, p 392-403.
  10. 10- Wasel E., 1987. Cobaye. In : Gabrisch K. et Zwart P., La consultation des nouveaux animaux de compagnie. Ed Point Vétérinaire, p 25-44.

Crédits photos : Christophe Bulliot


© VETUP- Logiciel vétérinaire