Prurit chez un groupe de rats (Ratus norvegicus)

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Ce cas clinique présente un groupe de rats consultés pour du prurit. L'examen clinique et les examens complémentaires permettront de conclure à un cas de pseudogale et de phtiriose. Une contamination de chats et d'humains vivant dans le foyer sera également décrite.

AUTEUR

Dr Christophe Bulliot
Exercice exclusif NAC
Vice président du GENAC
Chargé de consultation et d'enseignement à l'ENVA
Clinique vétérinaire Exotic Clinic
38 rue Robert Cousin
77176 NANDY
Tél. 01 64 41 93 23
http://exotic-clinic.fr

Extrait de la revue Pratique des animaux sauvages & exotiques, déc-janv-fév 2008-2009, vol 8.4.

Copyright sur le texte et photos

Mots-clés : NAC, rat, dermatose parasitaire, pseudogale, phtiriose, Polyplax spinulosa, Ornithonyssus bacoti.

Motif de consultation 

Un groupe de rats (Ratus norvegicus) mâles et femelles de tout âge est présenté en consultation pour un prurit évoluant depuis quelques semaines et pour certains d’hyperséborrhée (photo 1).
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Photo 1 : rat atteint de prurit et d’hyperséborrhée (photo Christophe Bulliot).

Commémoratifs - anamnèse

Les animaux sont tous très bien suivis, les antécédents médicaux et chirurgicaux englobent des cas d’atteintes respiratoires (SDAV), de métrite et de tumeurs mammaires. Le groupe comprend 33 individus, mâles et femelles (les sexes sont séparés et aucune reproduction n’est autorisée). Les rats sont de tous âges, les plus jeunes étant âgés de 2 mois, les plus âgés de près de 3 ans. Ils vivent dans des étagères aménagées en « volière » (photo 2) ou en cage à rongeur (photo 3) mais certains rats « chouchoutés » ont le droit de vivre en liberté dans toute la maison et élisent domicile à divers endroits (canapé, lit des propriétaires ou panier des chats).
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Photo 2 : installation des rats dans des étagères aménagées (photo S. Quignon).
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Photo 3 : installation de rats en cage à rongeur (photo S. Quignon).

Un contact étroit avec les chats de la maison s’opère en bonne entente (photos 4 et 5).
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Photo 4 : contact rat et chat (photo S. Quignon).
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Photo 5 : contact rat et chat (photo S. Quignon).

Les autres rats sont très régulièrement manipulés et sortis dans l’appartement. Le nettoyage des cages est effectué une fois par semaine. Le foyer comprend en tout deux personnes adultes et 3 chats ne sortant pas en extérieur. L’état général des animaux est bon à l’exception de 2-3 rats âgés atteints de maladie respiratoire chronique. Notons pour finir que les propriétaires, membres d’associations de protection animale récupèrent régulièrement des rats abandonnés ou en sauvetage (saisies de DSV auprès d’élevages insalubres notamment). Des quarantaines très courtes (quelques jours) sont suivies avant que ces rats rejoignent le groupe.

Le prurit évolue chez les rats depuis quelques semaines mais concerne également les chats du foyer avec alopécie et érythème essentiellement sur la croupe (photos 6 et 7) et les propriétaires présentent des lésions cutanés.
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Photo 6 : lésion cutanée sur un chat du foyer (photo Christophe Bulliot).

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Photo 7 : lésion cutanée sur un chat du foyer (photo Christophe Bulliot).

Examen clinique et diagnostic différentiel

L’examen clinique met en évidence chez certains rats et chats des dépilations et des lésions érythémateuses de grattage parfois avec squamosis. Certains rats mâles font en outre l’objet d’une hyperséborrhée. L’observation du pelage et de la peau des rats à l’œil nu ou avec une loupe permet de repérer des petites formes noirâtres se déplaçant lentement.

A cette étape de la consultation, la principale hypothèse diagnostique pouvant être formulée est une atteinte parasitaire.

Examens complémentaires et diagnostic

Les examens complémentaires de choix sont les raclages cutanés et les scotch-tests. Ils sont effectués sur plusieurs rats ainsi que sur les chats. Ils mettent en évidence deux types de parasites cutanés nous permettant de conclure à un cas de pseudogale à Ornithonyssus bacoti (photo 8) et de phtiriose à Polyplax spinulosa (photos 9 et 10).
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Photo 8 : Ornithonyssus bacoti (photo Christophe Bulliot).

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Photo 9 : Polyplax spinulosa (photo Christophe Bulliot).

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Photo 10 : œufs de Polyplax spinulosa (photo Christophe Bulliot).

Ornithonyssus bacoti appartient à l’ordre des acariens, au sous-ordre des Mésostigmates (une paire de stigmates voisins des hanches 3), à la famille des dermanyssidés (corps ovalaire, pattes longues terminées par une ventouse et deux griffes) et au genre  Ornithonyssus (plaque anale de la femelle en forme de goutte d’eau avec anus dans sa moitié antérieure). Polyplax spinulosa appartient à l’ordre des Phtiraptères (poux) et au sous-ordre des Anoploures (type piqueur).

TRAITEMENT

Le traitement à base d’ivermectine (0.4 mg/kg SC) est effectué chez tous les rats. Les injections sont effectuées tous 10 jours jusqu’à disparition des parasites (6 semaines). Une analgésie (méloxicam 0.2 mg/kg/j, 3-5j) et une antibiothérapie (enrofloxacine 5mg/kg matin et soir, 8 jours) sont également instaurées chez les rats présentant des lésions de grattage trop importantes. Les chats ont également été traités (marbofloxacine, prednisolone et imidaclopride/moxidectine spot on).

Des changements de litière toutes les 48 heures et le nettoyage complet des cages et de l’environnement (aspirateur, lavage des sols, changement réguliers des draps et de tous les linges auxquels peuvent accéder les animaux) sont entrepris.

DISCUSSION

Les dermatoses parasitaires sont très fréquentes chez le rat. La principale est la gale à Notoedres muris (acarien de la famille des Sarcoptidés). Elle est à l’origine de lésions prurigineuses, érythémateuses, croûteuses et pseudoverruqueuses sur les oreilles et la queue et plus rarement sur le nez et les membres. On rencontre également des infestations parasitaires à Radfordia ensifera, Sarcoptes scabiei, Trixacarus caviae et demodex raticola.

L’hyperséborrhée rencontrée chez certains rats du groupe est assez fréquente chez les mâles et sous influence hormonale. La castration peut permettre une guérison dans les cas avancés avec dermites secondaires ne rétrocédant pas aux traitements médicaux.

Ce cas clinique a pour originalité de présenter un cas de dermatose sur un groupe d’animaux avec un rôle prépondérant de son approche zootechnique (mode de vie des rats et contacts entre eux mais également avec les chats et les humains du foyer, recueil de rats abandonnés, traitement d’un effectif, règles d’hygiène à appliquer…). Notons également que l’analgésie et l’antibiothérapie sont souvent des traitements adjuvants nécessaires dans les cas de dermatoses prurigineuses chez les rongeurs de compagnie.

Bibliographie

- Bourdeau P., dermatologie des rongeurs et du lapin, encyclopédie vétérinaire, dermatologie 3700, Elsiever, 1997.

- Paterson S., Skin diseases of exotic pets, Blackwell Publishing, 2006.

  

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