Les affections du système urinaire chez le furet (Mustela putorius furo)

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Auteur : Dr Bulliot Christophe, consultant exclusif NAC
Les affections du système urinaire chez le furet (Mustela putorius furo) sont souvent très proches de celles observées chez ses cousins canins et félins mais présentent en fait de nombreuses spécificités en raison des multiples particularités de l’appareil urinaire de cette espèce, tant au plan anatomique que physiologique. 
 

 

Auteur : Dr Bulliot Christophe, consultant exclusif NAC
Exotic Clinic, 38 rue Robert Cousin, 77176 Nandy  


ANATOMOPHYSIOLOGIE DU SYSTEME URINAIRE CHEZ LE FURET  

Rappel anatomique
L’anatomie de l’appareil urinaire du furet est très analogue à ce que l’on rencontre chez le chien et le chat. Le furet mâle possède un os pénien recourbé à son extrémité. B. O’Malley souligne une particularité dans son innervation car les nerfs sympathique et parasympathique déclenchent la contraction de la vessie remplie et non son relâchement.  

Rappel physiologique
Le volume de boisson quotidien est de 60-100 ml et le volume urinaire quotidien de 20-30 ml. Le ph urinaire varie de 6 à 7.5. Notons que les furets mâles et femelles ont une position identique lors de leurs mictions.  

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Tableau 1 : paramètres urinaires normaux du furet (d’après L. Jepson)  


LES PRINCIPALES AFFECTIONS DE L’APPAREIL URINAIRE DU FURET  

Les urolithiases
Composés essentiellement de phosphates ammoniacaux magnésiens (struvites) et plus rarement d’oxalates de calcium, on peut les rencontrer sur l’ensemble de l’appareil urinaire c'est-à-dire en position rénale, urétérale (des cas d’hydronéphroses secondaires ont été rapportés), vésicale ou urétrale. L’observation d’un sable urinaire comme c’est souvent le cas chez le lapin est rare chez le furet qui présente plus généralement des calculs urinaires bien formés. Les facteurs favorisants regroupent les cystites bactériennes, le manque d’abreuvement, toute cause de rétention urinaire (maladie prostatique, affection neurologique de l’arrière train) et la distribution au furet d’une alimentation riche en végétaux à l’origine d’une alcalinisation des urines. Les symptômes sont classiques avec strangurie, dysurie, hématurie, pollakiurie et parfois anurie et souillure périnéale. L’échographie et la radiographie sont les examens complémentaires de choix (photo 1).

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Photo 1 : radiographie montrant des calculs urétraux proximalement à l’os pénien.

Nous conseillons deux radiographies de profil de l’ensemble de la cavité abdominale, l’une réalisée membres postérieurs en extension et l’autre les membres postérieurs ramenés sous le corps. Ceci permet d’une part de visualiser tout système urinaire et d’autre part d’éviter une superposition d’un calcul urétral avec le fémur. De la même façon, une attention particulière doit être portée à la région de l’os pénien. Les autres examens complémentaires pouvant compléter le diagnostic d’une urolithiase sont l’ECBU, une bandelette urinaire (montrant généralement la présence de protéines, de sang et une alcalinisation des urines) et la biochimie rénale.
Outre un contrôle de l’alimentation et de la boisson, le traitement repose sur une cystocentèse lors de globe vésical et une cystotomie ou une urétrostomie (photos 2 et 3) selon la localisation du calcul. Celle-ci est effectuée en arrière de l’os pénien, lieu de prédilection pour le blocage des calculs urinaires. Cela permet également de limiter le frottement de la plaie car le furet a coutume de ramper au sol et de se frotte la région préputiale. L’amputation concomitante de l’os pénien comme c’est le cas chez le chat, n’est pas nécessaire.

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Photo 2 : observation de calculs urétraux lors d’une urétrostomie.


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Photo 3 : observation de la région périnéale après urétrostomie.

Une néphrectomie lors d’hydronéphrose conséquente ou de volumineux calcul rénal peut être proposée en fonction des résultats de la biochimie. La technique chirurgicale est analogue à celle utilisée chez les chiens et chats (incision de la capsule rénale, dissection mousse pour séparer la capsule du rein, ligature des vaisseaux sanguins et de l’uretère, photo 4). Des cas de néphrotomie ont également été décrits mais les risques d’insuffisance rénale post-opératoire sont relativement conséquents. La technique opératoire consiste en une incision rénale sagittale après pose de clamps vasculaires temporaires, au retrait du calcul, au repositionnement des deux parties du rein avec une légère pression l’une contre l’autre durant une à deux minutes et suture de la capsule.
(Montant en ML ; 0,2 mg/Kg en SC ; NOM DEPOSE),  

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Photo 4 : observation d’un rein après dissection mousse sous la capsule rénale lors d’une néphrectomie.

Le traitement médical englobe une analgésie, une antibiothérapie et l’administration d’antispasmodique [phloroglucinol, (1 cp/5kg/12h ou 1 à 2 ml/5kg, SpasmoglucinolND)] sont conseillées, les acidifiants urinaires sont sans effet chez cette espèce dont l’urine est naturellement acide si l’alimentation est de qualité. Certains auteurs ont évoqué le recours à une alimentation diététique pour chat type Hill’s s/d pour la gestion de calcul de struvite mais le taux de protéines de cette ration ne peut convenir sur du long terme. Notons également que les récidives de calculs urinaires après traitement et correction de l’alimentation ne sont pas fréquentes chez le furet.  

Les cystites
Elles sont rares dans cette espèce et généralement secondaires à un calcul urinaire, une infection bactérienne (Staphylococcus, Escherichia coli, Proteus) et plus rarement une néoplasie (carcinome). Il faut également rechercher chez les mâles d’âge moyen ou avancé, une atteinte prostatique à l’origine d’une rétention urinaire. Les symptômes, les examens complémentaires (ECBU sur prélèvement obtenu par cystocentèse sous anesthésie flash gazeuse, radiographie, échographie) et le traitement (antibiothérapie, antispasmodique, analgésie) sont analogues à ceux rencontrés chez le chien ou le chat.  

L’insuffisance rénale
Elle est relativement rare chez le furet comparativement au chat et d’origine variée : néphrite, pyélonéphrite, septicémie, urolithiase, atteinte prostatique, polykystose rénale avancée, hydronéphrose, néoplasie rénale, intoxication, iatrogène (AINS, gentamicine…), hypovolémie, coup de chaleur, déshydratation chronique ou aigue, inflammation pyogranulomateuse abdominale, maladie aléoutienne. Les symptômes ne sont pas pathognomoniques et englobent abattement, dysorexie, amaigrissement et vomissements. La polyuropolydypsie classiquement rencontrée chez les chiens et chats est plus rare chez le furet ainsi que l’halithose. L’insuffisance rénale peut évoluer de façon aigue (le plus classique) ou de façon chronique.
L’examen complémentaire de choix est la biochimie : les dosages de l’urée et de la créatinine sont nécessaires comme chez les chiens et les chats mais leurs taux ne semblent augmenter de façon significative que lors d’une destruction conséquente du tissu rénal. Un dosage de la calcémie et de la phosphorémie est recommandé. Lors d’atteinte rénale précoce, on note une hyperphosphorémie (> 100 mg/l) et une hypocalcémie (< 80 mg/l). La réalisation d’un ionogramme peut également être intéressante pour la recherche d’une hyperkaliémie (>6mmol/l).  


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Tableau 2 : normes biochimiques rénales du furet (d’après Carpenter et al, Quesenberry et al)  

Les autres examens complémentaires recommandés sont la numération formule sanguine, la radiographie abdominale, l’échographie abdominale (éventuellement associée à une cytoponction) et une bandelette urinaire pour la recherche d’une protéinurie. Lors de la réalisation de la numération formule sanguine, on peut mettre en évidence une leucocytose lors de pyélonéphrite ou une lymphocytose marquée lors d’un lymphome. Notons que les cas d’anémie secondaire à l’insuffisance rénale sont plus rarement rencontrés dans cette espèce. Le traitement est analogue à ce qui est entrepris chez les chiens et chats et dépend de la cause mise en évidence : perfusion, protecteur rénal, diurétique « doux » type LespédésiaND. L’intérêt de la diminution du taux de protéines de la ration alimentaire (recours possible aux aliments diététiques pour chats insuffisants rénaux) comme elle est effectuée chez le chien et le chat n’est pas clairement établi et demanderait des études approfondies. Il convient de ne pas descendre en dessous de 30 % de protéines et d’offrir au furet des protéines d’origine animale et de haute qualité nutritive (volailles).  

La polykystose rénale
D’étiologie inconnue et de découverte souvent fortuite à l’occasion d’une échographie abdominale, cette affection est généralement sans conséquence pour le furet sauf lorsque les kystes sont de taille conséquente. Dans ce cas le tissu rénal peut être altéré et parfois une néphromégalie peut apparaître. Une biochimie rénale est conseillée pour évaluer la fonction rénale. Il n’existe aucun traitement médical spécifique. La ponction échoguidée de volumineux kystes ne semble donner qu’un résultat temporaire. Une néphrectomie peut être indiquée lors d’une néphromégalie unilatérale avec compression des organes voisins et si les constantes biochimiques rénales sont dans la normalité.  

L’hydronéphrose
Quelques très rares cas ont été décrits chez le furet, associés à un calcul urétéral ou à une ligature accidentelle de l’uretère lors d’une ovariohystérectomie. La néphrectomie unilatérale est indiquée selon les résultats de la biochimie (photo 5).  


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Photo 5 : observation d’une pièce d’exérèse, rein atteint d’hydronéphrose.

Les maladies prostatiques
Elles sont relativement rares. On rencontre principalement des cas de néoplasies (photo 6) et de prostatomégalie secondaires à une tumeur testiculaire ou à une maladie surrénalienne devant systématiquement être recherchée en parallèle et plus rarement des cas d’abcès prostatiques. Les symptômes sont analogues à ceux observés chez le chien et regroupent des symptômes urinaires (anurie, dysurie, strangurie, globe vésical), digestifs (constipation, ténesme) et généraux (douleur abdominale lors de péritonite associée). L’échographie et la cytoponction sont les examens complémentaires de choix. Ils permettent la confirmation de l’atteinte prostatique et un bilan d’extension en cas de néoplasie. On peut également conseiller une biochimie rénale en cas de globe vésical.

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Photo 6 : observation d’une tumeur prostatique. 

Les traitements des maladies prostatiques chez le furet sont analogues à ceux effectués chez les chiens : antibiothérapie, analgésie, antispasmodique, traitement chirurgical des kystes ou abcès paraprostatiques. Dans ce cas, une ponction peut être effectuée ou une technique de marsupialisation ou d’omentalisation (incision et vidange du kyste puis insertion dans la cavité d’omentum fixé à la paroi à l’aide de point simple). Le pronostic est réservé en cas de néoplasie.
Soulignons que le recours à un implant de desloréline pour le traitement d’une maladie surrénalienne éventuellement associée n’est pas indiqué en raison de l’augmentation transitoire du taux d’hormones pouvant aggraver la prostatomégalie. D’autres molécules sont utilisables : l’acétate de leuprolide (100 µg/kg IM toutes les 3 à 4 semaines, Lupron Depot 30 days formulationND, non disponible en France) et  la triptoréline (0.2mg/kg SC deux fois à 1 mois d’intervalle à répéter selon les symptômes, DécapeptylND).  

Les fractures de l’os pénien
Elles sont très rares et surviennent généralement lorsque le furet se coince le pénis entre les barreaux de la cage ou lors d’une chute. L’observation d’un hématome en région pénienne et la palpation orientent le clinicien. L’évaluation de la fracture passe par la radiographie et l’intégrité de l’urètre est contrôlée sous anesthésie générale par un sondage urinaire réalisé avec prudence. Ce dernier est délicat chez les furets en raison de l’existence d’un os pénien recourbé à son extrémité et de l’étroitesse du méat urinaire. Les sondes urinaires à chat sont utilisables voire un petit cathéter. La sonde est introduite non pas à l’extrémité du pénis mais plus ventralement (photo 7).

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Photo 7 : sondage urinaire.

Lors de lésion urétrale conséquente, une urétrostomie 1 à 2 centimètres en arrière de l’os pénien doit être effectuée.  

Les néoplasies de l’appareil urinaire
On rencontre essentiellement des cas de lymphomes rénaux (photo 8).

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Photo 8 : radiographie montrant une néphromégalie conséquente lors d’un lymphome rénal.

Cette néoplasie est relativement peu fréquente. Une orientation clinique est permise par une palpation abdominale mettant en évidence une néphromégalie et une déformation rénale. On observe plus rarement des carcinomes, adénocarcinomes et cystadénomes rénaux, des carcinomes vésicaux et des tumeurs des glandes préputiales (photo 9).

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Photo 9 : tumeur des glandes préputiales.

Ces dernières sont rares et de nature généralement maligne. Elles peuvent induire une déviation de l’urètre et une gêne à la miction. Nous pensons que cette néoplasie est secondaire à une maladie surrénalienne qui doit systématiquement être recherchée et traitée en parallèle. Une échographie abdominale pour la recherche de métastases dans les ganglions locorégionaux et d’une maladie surrénalienne et d’une atteinte prostatique concomitante. Le traitement est chirurgical et peut nécessiter l’amputation du pénis et une urétrostomie périnéale. Aucun traitement en radiothérapie ou chimiothérapie efficace n’a été rapporté dans la littérature. Le pronostic est réservé.  

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(*) Chondrotoxicité possible chez les jeunes en croissance
Tableau 3 : principales molécules utilisables en urologie chez le furet  

Bibliographie
- HEBERT F. et BULLIOT C., 2010, Guide pratique de médecine interne des chiens, chats et NAC, Ed Med Com.
- FERREIRA X., 2009, Analyses d’urine chez les petits mammifères. In : BOUCHER S., BULLIOT C., DOUMERC G. et al, Examens complémentaires chez les NAC, Ed du Point vétérinaire, collection Atlas, p 53-58.
- JEPSON L., 2009, Exotic animal medicine. Ed Saunders, p 35-37.
- LEWINGTON J.H., 2007, Ferret husbandry, medicine and surgery. Ed Saunders, p 411-416.
- MENTRE V., 2009, La chirurgie urinaire chez les petits mammifères de compagnie. In : BULLIOT C., COURTIADE A., DOUMERC G. et al, Chirurgie des tissus mous et dentisterie des petits mammifères de compagnie, numéro spécial du Point vétérinaire, vol 40, p 89-91.
- OGLESBEE B.L., 2006, The 5-minute veterinary consult ferret and rabbit, Ed Blackwell Publishing, 422p.
- O’MALLEY B., 2005, Clinical anatomy and physiology of exotic species. Ed. E. Saunders.
- POLLOCK C. G., 2004, Urogenital diseases, In : QUESENBERRY K.E. and CARPENTER J.W., Ferrets, rabbits and rodents clinical medicine and surgery. Ed Saunders, 41-49.  

Crédits photos : Christophe Bulliot  


Référence bibliographique : Les affections du système urinaire chez le furet (Mustela putorius furo), revue Pratique des animaux sauvages & exotiques, mars-avril-mai 2011, vol 11.1.  

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