Comment prévenir la maladie parodontale

La maladie parodontale, maladie buccale la plus fréquente, est la principale source d'infection et d'inflammation chroniques. Ses répercussions systémiques, parfois dramatiques, sont de mieux en mieux connues. Seule une prévention efficace permet d'éviter une progression vers les phases les plus graves.

Des détartrages réguliers suffisent-ils à prévenir le développement de la maladie ?

OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES

Être capable d'énumérer les différents moyens de prévention de la maladie parodontale et de hiérarchiser leur efficacité.


RÉSUMÉ

La maladie parodontale est due à l'accumulation de plaque dentaire sur les dents. Le seul moyen de prévenir son développement est donc de réduire sa quantité. Un brossage dentaire régulier reste le moyen le plus efficace chez l'animal comme chez l'Homme. D'autres moyens peuvent être utilisés : massage avec un gel antiseptique ou distribution de croquettes ou articles à mâcher à visée bucco-dentaire, mais leur efficacité est moindre.


Les maladies parodontales sont liées au développement de la plaque dentaire supra- gingivale (gingivite) puis à sa progression sous-gingivale (parodontite).
Une surface dentaire vierge est rapidement colonisée par la plaque dentaire bactérienne, qui commence à s'organiser sous la forme d'un biofilm complexe en 24-48 heures.

L'acteur initial : la plaque dentaire

En quelques semaines, la plaque dentaire atteint une épaisseur maximale et commence à se minéraliser en tartre. Le tartre n'est donc que le résultat de la minéralisation de la plaque dentaire bactérienne qui est, elle, la véritable cause de l'inflammation. Il est donc intimement lié à la plaque dentaire mais ne joue pas de rôle pathogène direct [1].

Si le tartre est régulièrement observé lors de parodontite chronique de l'adulte compte tenu de l'évolution lente et progressive de la maladie, il peut être trouvé en faible quantité lors de certaines formes de maladies comme les parodontites agressives ou ulcéro-nécrotiques.

Des détartrages réguliers ne peuvent suffire seuls à empêcher l'accumulation quotidienne de plaque dentaire bactérienne et à stopper l'évolution des lésions tissulaires [2].

Seules des mesures hygiéniques fréquentes et régulières permettent de limiter et de ralentir l'accumulation de plaque dentaire bactérienne.


Une alimentation à base de croquettes est-elle plus bénéfique qu'une alimentation molle ?

Nous pouvons souvent lire que l'administration de croquettes est préférable à une alimentation molle pour la prévention de la maladie parodontale. Cette affirmation n'est pas forcément vérifiée quel que soit l'aliment.
Pour mieux le comprendre, il faut revenir à une des études de référence effectuée dans les années soixante par une équipe scandinave.
Deux groupes de chiens ont été constitués, le premier nourri avec le bloc trachée/oesophage/muscles en entier et le second avec ce régime sous forme hachée.
Dans les deux cas, un supplément en vitamines et minéraux était distribué.
Le groupe de chiens nourris avec l'aliment entier a présenté moins d'accumulation de plaque dentaire/tartre et de gingivite [3].

Il serait erroné de conclure d'après cette étude que, globalement, les aliments durs (croquettes) sont plus bénéfiques que les aliments mous (boîtes).
C'est bien plus le caractère volumineux et fibreux de l'aliment et l'intense activité masticatoire (broyage et découpe) nécessaire à son ingestion qui permettent de racler la plaque dentaire de la surface des dents.
Concernant les produits commerciaux, tout dépend donc du type de croquettes.
Des croquettes spéciales à visée buccodentaire sont fabriquées afin de réduire l'accumulation de tartre et de plaque dentaire.
Les croquettes, qui ont une activité sur le tartre mais pas sur la plaque dentaire, présentent peu d'intérêt dans le contrôle de la maladie parodontale.
L'activité anti-plaque de la croquette peut être due à sa taille, à sa forme, à sa consistance voire à sa composition.
Pour les produits efficaces, une inhibition de l'ordre de 25% de l'accumulation de plaque dentaire peut être espérée [4,5].

Faut-il brosser les dents ?

La référence en terme de contrôle de la plaque dentaire supra-gingivale est le brossage dentaire (PHOTOS 1 ET 2).

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Photo 1. Le brossage dentaire reste le moyen de prévention le plus effi cace chez le Chien.

Chez l'Homme, une efficacité de l'ordre de 70 % d'inhibition de la plaque dentaire peut être revendiquée, du moins pour les faces vestibulaires, les plus accessibles [6,7].

Au moins trois fois par semaine

Des études chez le Chien ont montré qu'un brossage au moins trois fois par semaine permet de maintenir des gencives saines alors qu'un brossage une fois par semaine ne le permet pas [8].

Cependant, en présence d'une gingivite, seul un brossage quotidien permet de rétablir des gencives saines [9]. Un brossage une fois par semaine ne peut être efficace.

La seule étude clinique publiée concernant le brossage dentaire chez le Chien montre que, sur une période moyenne de 13 mois, 49/51 (96 %) des propriétaires se rappellent avoir reçu des instructions sur le brossage et 34/51 (67 %) se rappellent avoir eu une démonstration du brossage dentaire ; 15/51 (29 %) brossent toujours les dents plusieurs fois par semaine et 12/51 (24 %) tous les jours ou tous les deux jours [10].

La chlorhexidine : une référence antiseptique

Le brossage dentaire n'étant pas toujours facilement réalisé, il est souhaitable chez l'animal de compléter son action mécanique par une action chimique antiseptique.
La substance de référence en hygiène bucco-dentaire humaine, comme animale, est la chlorhexidine. Aucun autre composé ne possède une activité "antiplaque" proche de celle de la chlorhexidine.
Cependant, comme elle est fortement incompatible avec un certain nombre d'autres composés chimiques, il vaut mieux privilégier les gels dentaires ne contenant que de la chlorhexidine ou ceux pour lesquels des tests d'efficacité ont été effectués et publiés.
L'utilisation de tels gels dentaires appliqués en massage, mais sans brossage dentaire, peut être efficace en l'absence de brossage. Néanmoins, l'efficacité est moindre.
Dans une étude chez le Beagle où un gel dentaire contenant notamment de la chlorhexidine était appliqué en massage quotidiennement, une réduction de 42 à 49 % de la plaque dentaire était obtenue sur les faces vestibulaires [11].
Que ces produits soient passés en brossage ou en massage, ils nécessitent l'intervention du propriétaire et la coopération de l'animal. Il faut habituer progressivement l'animal dès son plus jeune âge et le récompenser après chaque phase d'hygiène par massage ou brossage.
Des os ou des lamelles alimentaires à visée bucco-dentaire peuvent être utilisés à cet escient.

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Photo 2. Etat buccal d'un Bichon frisé de 10 ans dont les dents sont brossées tous les jours.

La plaque dentaire bactérienne est la cause de la gingivite et de la parodontite. ¦ Le tartre ne joue qu'un rôle secondaire. ¦ La fréquence des soins d'hygiène bucco-dentaire doit être de 3 fois par semaine minimum chez l'animal sain à 1 fois par jour après traitement de la parodontite. ¦ Le brossage dentaire quotidien est le plus effi cace et permet une inhibition de 70 % de la plaque dentaire. ¦ Le massage quotidien avec un gel de chlorhexidine permet une inhibition de 40 % de la plaque dentaire. ¦ Les croquettes et articles à mâcher à visée bucco-dentaire distribués quotidiennement peuvent permettent une inhibition jusqu'à 25 % de la plaque dentaire.

Les os à mâcher sont-ils efficaces ?

Le fait de stimuler l'activité masticatoire ne peut être que positif.

Il a été démontré que, globalement, les chiens recevant régulièrement des articles à mâcher (os, lamelles,...) présentent moins d'accumulation de plaque dentaire/ tartre, moins de gingivite et moins de résorption osseuse [12].
Néanmoins, comme pour les croquettes, cette activité bénéfique varie en fonction du type d'article à mâcher distribué : de sa taille, de sa forme, de sa consistance et de sa composition (PHOTO 3).
Il n'est donc pas possible de conclure que tous les produits sont équivalents et seuls ceux ayant fait l'objet d'études sérieuses et publiées dans des revues scientifiques peuvent être conseillés [13].
Il faut se méfier des contaminations bactériennes possibles avec des produits types "oreilles de cochons" ou "os en peau de buffle", uniquement desséchés et n'ayant subi aucun traitement pour en garantir la salubrité.

Des cas de salmonellose ont été décrits avec de tels produits [14].

Les dispositifs type additifs à mettre dans l'eau ou la nourriture sont-ils efficaces ?


Les produits d'hygiène bucco-dentaire ne font pas l'objet d'une procédure d'AMM et ne sont donc, malheureusement, pas soumis obligatoirement à des tests d'efficacité. De ce fait, sont disponibles sur le marché un grand nombre de produits miracles "qui marchent tout seuls", lancés à grand renfort de publicité.
Il faut se méfier de ce qui semble trop simple et se rappeler que chez l'Homme, où l'hygiène dentaire est étudiée depuis très longtemps et où les enjeux économiques sont colossaux, on n'a encore rien trouvé de mieux que le brossage dentaire.

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Photo 3. La mastication quotidienne d'un os alimentaire peut aider à la prévention de la maladie parodontale.

 >>A LIRE
1. Hennet P (2006) Dentisterie et chirurgie maxillofaciale canine et féline. Elsevier Masson SAS, Issy les Moulineaux, 171p.
2. Morrison EC et coll (1979). Effects of repeated scaling and root planing and/or controlled oral hygiene on the periodontal attachment level and pocket depth in beagle dogs I. Clinical fi ndings. J Periodont Res 14 : 428-37.
3. Egelberg J (1965). Local effect of diet on plaque formation and development of gingivitis in dogs. I. effect of hard and soft diets. Odont Revy 16 : 31-5.
4. Hennet P (2006). Nutrition et santé buccodentaire chez le chien. In : Encyclopédie de la nutrition clinique canine. Editions Aniwa SAS pour Royal Canin.
5. Hennet P (1999). Review of studies assessing plaque accumulation and gingival infl ammation in dogs. J Vet Dent 16 : 23-9.
6. Mankodi S et coll (1998) Evaluation of the effects of brushing on the removal of dental plaque. J Clin Dent 9: 57-60.
7. Van der Weijden GA et coll (1998) Relationship between the plaque removal effi cacy of a manual toothbrush and brushing force. J Clin Periodontol 25 : 413-6.
8. Tromp JA et coll (1986). Gingival health and frequency of tooth brushing in the beagle dog model. Clinical fi ndings. J Clin Periodontol 13 : 164-8.
9.Tromp JA et coll (1986). Experimental gingivitis and frequency of tooth brushing in the beagle dog model. Clinical fi ndings. J Clin Periodontol 13 : 190-4.
10. Miller BR (1994). Compliance with oral hygiene recommendations following periodontal treatment in client-owned dogs. J Vet Dent 11 : 18-9.
11. Hennet P. (2002). Effectiveness of a dental gel to reduce plaque in beagle dogs. J Vet Dent 1 : 11–4.
12. Harvey CE et coll (1996). Correlation of diet, other chewing activities and periodontal disease in North American client-owned dogs. J Vet Dent 13 : 101-9.
13. Hennet P et coll (2006). Effectiveness of an oral hygiene chew to reduce dental deposits in small breed dogs. J Vet Dent 23: 6-12.
14. Clark C et coll (2001). Characterization of Salmonella Associated with Pig Ear Dog Treats in Canada. J Clin Microbiol 39 : 3962–8.

Ph. HENNET

  • Diplômé de l’Ecole vétérinaire de Toulouse
  • Ancien Résident en dentisterie à Hôpital Vétérinaire de l’Université de Pennsylvanie (USA)
  • Diplômé de l’American Veterinary Dental College (AVDC)
  • Diplômé de l’European Veterinary Dental College (EVDC)

DENTISTERIE – STOMATOLOGIE - CHIRURGIE MAXILLO-FACIALEORL
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Clinique Vétérinaire Advetia
5 rue Dubrunfaut
75012 Paris


Article paru dans "PratiqueVet (2009) 44 : 358-360"

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