Faut-il repousser le chien qui demande un câlin ?

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Auteur : Valérie Dramard, vétérinaire comportementaliste
La thérapie de détachement a pour objectif de détacher affectivement le chien d’une personne. Celle-ci doit repousser son chien quand il demande un contact. Par ailleurs, il doit être isolé dans une pièce plus souvent afin qu’il apprenne à être seul. 
 

La thérapie de détachement (TD)


L’indication principale de la TD est l’anxiété de séparation ou persistance de l’attachement primaire (lire l’encadré) qui explique que  le chien produit des nuisances quand il est séparé de la personne d’attachement.  

Toutefois, l’anxiété de séparation au sens strict est rare au contraire de l’hyperattachement secondaire. Or, lors d’hyperattachement secondaire, si l’anxiété n’est pas traitée, la thérapie de détachement est généralement vouée à l’échec. En effet, plus la personne repousse le chien, moins il peut apaiser par ce « pansement affectif », il angoisse d’autant plus  et est encore plus en demande  de contact. Un cercle vicieux  s’installe rapidement aggravant l’anxiété et les troubles qui en découlent (nuisances). La contre-indication de cette thérapie est la phobie sociale. Le chien qui souffre de phobie sociale ressent de la crainte et de la peur quand il est en relation avec un être humain (non familier). Si les maîtres changent brutalement de comportement en repoussant leur chien quand il s’approche pour réclamer un câlin, la relation de confiance sécurisante que le chien avait réussi à nouer risque d’être rompue et le trouble anxieux de s’accroître (cercle vicieux).  

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La thérapie de détachement a pour objectif de détacher affectivement le chien d’une personne.
Copyright : Valérie Dramard


L’initiative des contacts dans la RSD*

C’est, si elle est bien appliquée, une consigne fondatrice dans la relation entre le chien et son maître. Le principe est que le chien ne prend plus l’initiative des contacts (jeux, câlins), au profit de son maître qui doit la reprendre, les relations hiérarchiques retrouvant ainsi plus de cohérence.

L’indication principale est la sociopathie (flou hiérarchique) et d’une manière générale tous troubles anxieux. En effet, un cadre hiérarchique cohérent est structurant et apaisant pour le chien qui évolue alors plus sereinement dans un environnement affectif rassurant.

Il n’y a pas à proprement parler de contre-indication, mais si la RSD est mal appliquée, elle peut être très anxiogène, voire générer des réactions agressives. En effet, si le propriétaire repousse brutalement son chien dès que celui-ci lui demande un câlin, celui-ci ressent une agression alors qu’au départ sa motivation première était d’établir une relation affective (même s’il en prenait l’initiative).  

«Un cadre hiérarchique cohérent est structurant et apaisant pour le chien.»

Autre cas de figure, le propriétaire décide de prendre l’initiative d’un câlin et il compte bien que son chien lui obéisse. S’il ne vient pas et si son maître insiste en l’appelant plus autoritairement ou pire en allant vers lui, celui-ci peut là encore se sentir agressé … et agresser en retour. « L’affection est un sentiment tendre qui attache un individu à un autre » (définition du Petit Robert). Tout comportement emprunt de contrainte et d’agressivité ne peut que la détériorer.  


Pour une bonne application des consignes

Pour une bonne application de ces deux consignes, il convient de se rappeler quatre notions essentielles : écoute, respect, confiance, équilibre**.  

– L’écoute du maître permet d’accorder ses envies à celles de son chien pour une meilleure harmonie dans leurs relations, donc moins de déceptions et d’échecs pour le maître. Avant de prendre l’initiative du contact, il doit s’écouter (« Ai-je vraiment envie ? »), mais aussi écouter et observer son animal (« A-t-il aussi envie ? »).  

– Le respect. Le maître et son chien doivent se respecter mutuellement, ce qui implique que le maître ne doit pas contraindre son chien à recevoir une caresse et réciproquement le maître ne doit pas se laisser envahir physiquement par les bisous de son chien. Pour cela, le maître doit savoir (ou apprendre à) dire « non » à son chien sans culpabiliser.

– La confiance réciproque entre un chien et son maître est fondamentale pour une relation saine et apaisée. Or certains comportements manipulateurs ou pervers risquent de la briser. Par exemple, appeler son chien avec de la nourriture pour ensuite le serrer fort dans ses bras alors que le toutou ne le supporte pas, ou, inversement, le laisser demander un câlin pour le renvoyer brutalement ensuite pour « bien lui faire comprendre » que ce n’est pas lui qui décide.

– Un équilibre entre les besoins, les plaisirs et les devoirs du maître et de son chien doit être trouvé. Tout est dans la nuance. Ne plus donner du tout de câlins à son chien parce qu’il en demande tout le temps ou le repousser systématiquement quand il en demande ne peut se concevoir. L’application radicale « à 100 % » de la consigne « c’est vous qui devez prendre l’initiative des contacts » est contrenature et génère anxiété et/ou conflits.


* La RSD, pour thérapie de Régression sociale dirigée, est classiquement prescrite lors de sociopathie. Elle est composé d’une mesure concernant les repas du chien (lire l’article sur la gamelle, DVn° 1072 page 10 ), une autre le couchage (lire l’article sur le canapé, DV n° 1070 page 8) et une dernière le contact.
** Ces notions devraient évidemment aussi toujours s’appliquer à la relation entre le praticien et ses clients.

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Le maître et son chien doivent se respecter mutuellement, ce qui implique que le maître ne doit pas contraindre son chien à recevoir une caresse et réciproquement le maître ne doit pas se laisser envahir physiquement par les bisous de son chien.
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Exemple de consigne à utiliser autant dans la thérapie de détachement que dans la RSD
« Quand votre chien vous demande une caresse avec sa patte ou en posant sa tête, faites-le attendre comme si vous n’étiez pas disponible. Après quelques secondes d’attente, invitez-le à s’approcher pour un câlin. Si au contraire, il insiste, renvoyez-le avec un ton agacé. Rappelez-le quelques minutes plus tard en lui montrant que vous êtes maintenant disponible. Si votre chien vous demande « du regard », sans vous toucher, vous êtes libre de répondre à cette invitation « polie », ou non, selon votre envie… et sans culpabiliser si vous n’en avez pas envie ! » V.D



Origine d’un hyperattachement

Absence de détachement ou persistance de l’attachement primaire. C’est l’anxiété de séparation décrite par Patrick Pageat. La mère puis la personne qui a adopté le chiot n’ont pas effectué le détachement. Le chien reste attaché à l’être d’attachement qu’il suit partout, angoisse quand il en est séparé et con - serve un comportement juvé- nile. Cette affection est aujourd’hui rare, sans doute grâce à une prévention efficace.

Hyperattachement secondaire à l’évolution d’une anxiété ou à une dépression. Le chien ne supporte pas la solitude mais s’apaise généralement en présence d’une personne quelle qu’elle soit. L’anxiété soignée, l’hyperattachement disparaît concomitamment.

 


 

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