Maladies Parodontales : le rôle de la plaque dentaire

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Auteur : Nicolas Girard, docteur vétérinaire
Les maladies parodontales représentent l’affection la plus fréquente chez le chien et le chat. La maladie parodontale au sens générique du terme est une maladie inflammatoire associée au développement de la plaque dentaire. Elle représente l’ensemble des inflammations du parodonte et se présente sous des formes cliniques qui peuvent varier : chroniques vs. agressives, localisées vs. généralisées.
 

Le développement de la maladie parodontale est progressif et tous les stades peuvent être présents sur divers sites de diverses dent : inflammation parodontale débutante,  modérée ou sévère.

La maladie parodontale est une maladie de site dentaire et sa progression est fonction des contraintes mécaniques qui s’opposent au développement de la plaque dentaire mais aussi, fonction de la réponse immunitaire locale de chaque individu.


La Plaque dentaire

L’ensemble de la cavité orale (langue, babines, muqueuses orales..) est recouverte de bactéries. Ces bactéries sont enchâssées dans un film organique ayant l’aspect d’un gel.

La plaque dentaire se forme préférentiellement sur la surface dentaire, aux marges de la gencive pour des raisons physiques d’adhésion moléculaire. Son développement se déroule en trois  phases :

- adhésion à la surface dentaire d’un film organique : les glycoprotéines, polypeptides et glucides contenus dans la salive forment un film qui recouvre la dent, la pellicule acquise.

- colonisation de bactéries spécifiques : certaines bactéries (St.sanguis. A.viscosus), aux propriétés d’adhésion particulières, colonisent la pellicule acquise transformée alors en un biofilm. La saturation de la pellicule acquise est obtenue en quelques heures (6millions/mm2).

- multiplication par prolifération : de nouvelles appositions bactériennes, faisant intervenir des phénomènes de co-agrégation et de co-adhésion permettent d’établir 90% de la biomasse : la plaque dentaire se forme en 24h.

A l’origine, la plaque est  donc constituée essentiellement de bactéries Gram+ aérobies. L’ augmentation de la population bactérienne conduit à une diminution de la tension en oxygène de l’air. Celle ci passe de 12-14% dans la bouche à 1-2% dans les poches parodontales. Ainsi, de nouvelles conditions environnementales associées à des sources de nutriments variées (alimentation, produit de dégradation bactérienne, dégradation épithéliale..) conduisent au développement d’une flore bactérienne anaérobie.

Le processus inflammatoire progressant, la proportion de bactéries Gram- (Porphyromonas sp., Prevotella sp., Peptostreprococcus sp), de Fusobactérium, et de spirochètes augmentent. Le rôle pathogène de ces bactéries est beaucoup plus marqué. Il repose sur diverses enzymes, toxines, et produits de dégradation. Par exemple, les lypopolysaccharides sont mutagènes, stimulent la résorption osseuse, et présentent une toxicité pour les macrophages.

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En résumé, la plaque dentaire est un biofilm se formant à la surface dentaire. Elle est composée de nombreuses espèces bactériennes à l’intérieur d’une matrice de polymères d’origine bactérienne. La modification de sa composition est responsable de la progression de la maladie parodontale.

Le tartre est la forme minéralisée de la plaque dentaire. Des composants inorganiques de la salive se déposent au sein du biofilm et grâce aux capacités catalytiques de certaines bactéries, la minéralisation en surface se produit. Le tartre favorise, par sa porosité, l’accumulation nouvelle de plaque dentaire. Il se dépose au-dessus et sous la gencive, et devra être enlevé au cours du traitement.

Le tartre n’est pas à l’origine de l’inflammation parodontale, mais doit être considéré comme un facteur aggravant.

 

La Gingivite

La plaque dentaire est un biofilm dont la composition se modifie avec le temps. Son interrelation avec les mécanismes de défense du chien conditionne l’importance de l’inflammation parodontale. L’accumulation de plaque dentaire au niveau du sulcus gingival induit une inflammation du bord libre de la gencive. Le développement de la gingivite à l’ensemble de la gencive est fonction de l’accumulation de plaque dentaire : la maladie parodontale est donc une maladie de site. L’œdème associé à l’inflammation conduit à une « augmentation » apparente du sulcus gingival et donc une augmentation de la hauteur de gencive.  Cette pseudo poche parodontale n’est pas synonyme de perte d’attache parodontale de la dent.

 

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Oedème gingival et fausse poche sur un chat

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Des soins professionnels sont indispensables pour assurer l’éviction de l’agent causal : la plaque dentaire. Ils devront être pérennisés par la mise en place de règles d’hygiène buccale régulière (brossage dentaire, bel antiseptiques, alimentation spécialisée) afin de permettre une rémission durable de l’inflammation.

Sans traitement, la plaque dentaire s’accumule,  se différencie. L’inflammation progresse. Les conditions environnementales intra orales au niveau des sites dentaires affectés deviennent plus favorables à une population bactérienne qui contient de plus en plus de Gram – anaérobies.

La gingivite est un stade inflammatoire réversible : le contrôle de l’agent causal permet la rémission de l’inflammation et le rétablissement d’un tissu parodontal sain et intègre. Le degré d’inflammation gingival peut rester stable ou évoluer moins favorablement vers la parodontite.

La gingivite décrite ci-dessus est la conséquence d’une inflammation associée à la plaque dentaire. Elle doit être différentiée des gingivites non associée au développement de la plaque dentaire et des gingivites ulcéro nécrotiques. (cf. « parodontite agressive »)

 

La parodontite

La parodontite est une inflammation toujours associée à une perte d’attache du parodonte. La progression du processus inflammatoire observé dans la gingivite conduit à l’effondrement des tissus de connexion de la surface dentaire. Sont en jeux l’effet lytique des molécules inflammatoires de défense de l’organisme et/ou d’enzymes bactériennes. La plaque dentaire progresse alors vers l’apex de la racine dentaire. L’épithélium de jonction migre dans le même temps pour cicatriser en zone « non inflammatoire » : une poche parodontale s’est crée. Celle-ci assure des conditions environnementales encore plus favorables aux germes Gram- anaérobies. Le processus a tendance à s’auto aggraver de lui-même.

 

La parodontite est le stade irréversible de la maladie parodontale. Les lésions occasionnées sont définitives et le traitement n’a pour objectif que d’arrêter leur progression.

L’évolution concomitante des marges de la gencive définit 2 types de lésion :

- maintien au niveau de la jonction émail cément : la poche parodontale

- récession sous la jonction émail cément : la récession gingivale

 

Ligne blanche : jonction émail cémentmaladie parodontale plaque04

 

L’évolution sous jacente de l’os alvéolaire définit deux types de poche parodontale :

- perte d’os alvéolaire verticale : poche infra osseuse

- perte d’os alvéolaire horizontale : poche supra osseuse

 

Sondage parodontal : 9 mm
Lignes pointillées : ostéolyse alvéolaire verticales

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La maladie parodontale est donc toujours synonyme de déchaussement dentaire, qu’il soit visible à l’œil nu ou non et alors uniquement détectable après sondage parodontal. Le déchaussement est  conduit  par l’inflammation et associé à la destruction plus ou moins marquée de l’os alvéolaire, du ligament parodontal et de la gencive. L’exfoliation de la dent est souvent concomitante de l’arrêt du processus inflammatoire et de la cicatrisation du parodonte, dans la mesure ou la source elle-même de l’inflammation a disparu. Il persiste parfois une inflammation osseuse liée au contact d’un tissu de granulation chronique résiduel  stimulant directement et à bas bruit l’os alvéolaire sous jacent.

La parodontite est un stade inflammatoire irréversible. Le contrôle de l’agent causal ne permet pas le retour à un tissu parodontal intègre. Les tissu détruits le sont définitivement.

La maladie parodontale progresse en fonction des sites dentaires et par « à coup ». Une  modification de l’équilibre présent entre la flore bactérienne de la plaque dentaire et la réponse immunitaire de l’hôte explique l’activation potentielle du site inflammatoire. De nombreux facteurs influent sur cet équilibre. Pour l’essentiel, on privilégie à l’heure actuelle l’impact toxique de certaines espèces bactériennes dont les effets synergiques amplifient la destruction tissulaire.

La parodontite décrite ci-dessus est la forme chronique de la maladie parodontale. Cette forme  d’évolution est la plus commune. Elle doit être différentiée des parodontites agressives, des parodontites associée à une affection métabolique ou génétique et des parodontites ulcéro nécrotiques. (cf. « parodontite agressive »).

Auteur : Nicolas Girard, docteur vétérinaire
Centre Référé de Stomatologie et Dentisterie Vétérinaire (06)
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