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Dilatation abdominale chez une furette (Mustela putorius furo)

Dr Christophe Bulliot
Exercice exclusif NAC
Vice président du GENAC
Chargé de consultation et d'enseignement à l'ENVA
Clinique vétérinaire Exotic Clinic
38 rue Robert Cousin
77176 NANDY
Tél. 01 64 41 93 23
http://exotic-clinic.fr

Copyright sur le texte et photos

Revue Pratique des animaux sauvages & exotiques, vol 2.3, automne 2002.

 

Résumé :

Ce cas clinique présente une furette de 7 ans amenée en consultation pour une importante dilatation abdominale. L’échographie a dû compléter la radiographie pour conduire au diagnostic de pyomètre.

Mots clés : N.A.C., furet, dilatation abdominale, pyomètre

Motif de consultation 

Une furette putoisée (Mustela putorius furo), non stérilisée de 7 ans est présentée en consultation pour une importante dilatation abdominale (photos 1 et 2).

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Photo 1 et 2 : importante dilatation abdominale chez une furette

Commémoratifs - anamnèse

L’environnement et l’alimentation de la furette sont corrects. La furette a été présentée à un mâle deux mois auparavant lors de ses chaleurs. Un accouplement a été observé par les propriétaires. Les deux congénères furent ensuite définitivement séparés. L’œdème vulvaire caractéristique des femelles en chaleur a disparu peu après. La dilatation abdominale a débuté il y a 3 semaines et s’est accrue rapidement jusqu’à ce jour. L’animal pesait 640 grammes lors d’une consultation précédente un an auparavant. Il atteint aujourd’hui 1250 grammes sans signe d’embonpoint. L’anorexie et l’abattement sont apparus il y a seulement 3 jours.

Examen clinique et diagnostic différentiel

Les muqueuses de la furette sont roses, sa température corporelle est de 40.2°C (température corporelle moyenne normale 38.8°C). L’animal est léthargique lors de la manipulation. L’auscultation cardiaque est normale. Une masse arrondie est suspectée sur le flanc gauche mais la distension de l’abdomen est telle qu’elle rend la palpation difficile voire dangereuse.

Cette dilatation doit avoir pour origine une masse abdominale et/ou un épanchement abdominal.

Les hypothèses diagnostiques pouvant être formulées face à une dilatation abdominale avec épanchement chez le furet sont : ascite liée à une cardiopathie, péritonite, tumeur.

Les hypothèses diagnostiques pouvant être formulées face à une dilatation abdominale avec la présence d’une masse chez le furet sont : globe vésical, splénomégalie idiopathique, néphromégalie, masse surrénalienne, lymphosarcome, corps étranger gastro-intestinal, gestation, pyomètre, tumeur ovarienne ou utérine.

Le recueil des commémoratifs permet d’éliminer l’hypothèse de gestation. La furette était en chaleur et s’est accouplée 2 mois auparavant. Il s’agit d’une espèce à ovulation provoquée par l’accouplement, la régression de l’œdème vulvaire était donc normale. La durée de gestation étant pour cette espèce de 42 jours en moyenne, nous en concluons que l’accouplement observé n’a pas été suivi de fécondation (un récapitulatif des données physiologiques sur la reproduction du furet est donné dans le tableau n°1).

Maturité sexuelle

Mâle

8-12 mois

Durée de gestation

40-44 jours

 

Femelle

7-10 mois

Nb petits/portée

8 (3-17)

Saison de reproduction

Mâle

Déc. à juillet

Poids nouveaux nés

6-12 g

 

Femelle

Mars à août

Durée lactation

6-8 sem


Tableau 1 : physiologie de la reproduction du furet (d’après 1 et 10)

L’anorexie ayant débuté 3 jours auparavant et la dilatation abdominale ayant commencé il y a 3 semaines sans trouble digestif (vomissement, diarrhée, constipation…) ni urinaire (anurie, strangurie, pollakiurie, hématurie…) associés, on peut écarter les hypothèses de corps étrangers digestifs et de globe vésical.

Examens complémentaires et diagnostic

Le recours à l’imagerie médicale est indispensable étant données les multiples hypothèses diagnostiques encore possibles et la difficulté à réaliser une palpation abdominale précise et sans risque.

Une radiographie abdominale montre une augmentation généralisée de la densité radiographique (photo 3). Les contours des organes abdominaux sont tous masqués, aucune anse intestinale n’est repérable par la présence de bulle d’air. Une radiographie du thorax ne révèle pas d’anomalie de la silhouette cardiaque. L’auscultation cardiaque s’étant révélée normale, l’hypothèse d’ascite liée à une cardiopathie semble peu probable. La radiographie a confirmé la présence d’un épanchement abdominal sans permettre d’affiner plus le diagnostic.

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Photo 3 : radiographie abdominale


Une échographie abdominale est l’examen complémentaire de choix (photo 4).

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Photo 4 : échographie abdominale

Elle permet d’observer une dilatation liquidienne de l’utérus dont certaines parties atteignent un diamètre de 5 cm et des formations tissulaires en partie cavitaire compatibles avec des lésions de métrite ou d’hyperplasie glandulo-kystique, d’hématome ou de tumeur. Des kystes ou follicules sont observés sur l’ovaire droit.

En parallèle une prise de sang est réalisée à la veine jugulaire. L’analyse hématologique révèle une leucocytose avec neutrophilie. Un rappel des valeurs hématologiques normales du furet est donné dans le tableau 2.

Valeurs hématologiques

Furet albinos

Furet putoisé

Mâle

Femelle

Mâle

Femelle

Hématocrite (%)

55.4 (44-61)

49.2 (42-55)

43 (36-50)

48 (47-51)

Glob. rouges (106/ml)

10,23 (7,3-12,2)

8,11 (6,77-9,76)

11.3 (9.7-12.4) (*)

11.3 (9.7-12.4) (*)

Hgb (g/dl)

17,8 (16,3-18,2)

16,2 (14,8-17,4)

14,3 (12-16,3)

15,9 (15,2-17,4)

Glob. blancs (103/ml)

9,7 (4,4-19,1)

10,5 (4-18,2)

11,3 (7,7-15,4)

5,9 (2,5-8,6)

  Lymphocytes (%)

35,6 (12-54)

33,4 (12-50)

49,7 (28-69)

58 (25-95)

  Monocytes (%)

4,4 (0-9)

4,4 (2-8)

6,6 (3,4-8,2)

4,5 (1,7-6,3)

  Eosinophiles (%)

2,4 (0-7)

2,6 (0-5)

2,3 (0-7)

3,6 (1-9)

  Neutrophiles (%)

57 (11-82)

59.5 (43-84)

40,1 (24-78)

31,1 (12-41)

  Basophiles (%)

0,1 (0-2)

0,2 (0-1)

0,7 (0-2,7)

0,8 (0-2,9)

Plaquettes (103/ml)

453 (297-730)

545 (310-910)

650 (245-910) (*)

650 (245-910) (*)

Réticulocytes (%)

4 (1-12)

5,3 (2-14)

-

-

Tableau 2 : valeurs hématologiques du furet (d’après 3, 5 et  9 (*))


Le diagnostic pouvant être posé à l’issue de ces examens complémentaires est un pyomètre mais une tumeur utérine ne peut être exclue.

TRAITEMENT

Une antibiothérapie est mise en place (céfalexine, 15 mg/kg) ainsi qu’une perfusion (70 ml/kg/24h pour l’entretien) au moyen d’une cathétérisation de la veine jugulaire (rappel : l’administration de solutés chez le furet se fait par voie intraveineuse ou intraosseuse, on utilise dans le premier cas les veines céphalique, jugulaire ou saphène latérale et dans le second cas le tibia, le fémur ou l’humérus)

Le traitement du pyomètre est chirurgical. La furette est placée dans une cuve à induction et anesthésiée à l’aide d’un mélange oxygène/isoflurane. Le mode opératoire est identique à celui utilisé chez la chatte : incision médiane et repérage de l’utérus (photo 5), clampage et pose de ligatures au niveau des ovaires  (photo 6) et du col utérin (photo 7), suture de la paroi musculaire, surjet sous cutané et suture cutanée (photo 8).
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Photo 5 : observation de l’utérus après ouverture de la cavité abdominale

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Photo 6 : pose  d’une ligature au niveau d’un ovaire
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Photo 7 : pose d’une ligature au niveau du col utérin
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Photo 8 : o
bservation de la perte de volume abdominal après suture cutanée

Après ouverture de la cavité abdominale, un liquide séreux est éliminé. Il s’agit probablement d’un transsudat consécutif à la compression d’un vaisseau sanguin. L’utérus est manipulé avec précaution pour limiter le risque de choc hypovolémique. L’animal sera laissé en perfusion 24 heures et recevra une antibiothérapie de 8 jours (céfalexine, 15 mg/kg/2 fois par jour). Il recommencera à se nourrir et à se comporter normalement dès le lendemain de l’intervention (photos 9 et 10).
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Photo 9 : observation de la perte de volume abdominal après chirurgie

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Photo 10 : observation de la perte de volume abdominal après chirurgie

Une fois l’ovariohystérectomie réalisée, l’utérus est mesuré et pesé (photos 11 et 12). Son poids de 547 grammes est quasiment identique à celui de l’animal après opération. Une incision de la paroi utérine laisse s’échapper un liquide purulent en grande quantité et permet d’observer une masse non individualisée dans la paroi (photo 13).

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Photo 11 : 
utérus après exérèse
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Photo 12 : utérus après exérèse
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Photo 13 : observation de la paroi utérine épaissie

Un examen histologique révèle une hyperplasie kystique de l’endomètre et une endométrite purulente. L’endomètre est irrégulièrement épaissi. Les glandes montrent une activité de prolifération et de sécrétion. Elles varient en forme et en taille. Certaines sont largement dilatées et forment des kystes (photo 14). Le stroma est oedématié et modérément infiltré par des cellules inflammatoires (lymphocytes, cellules plasmatiques et neutrophiles). Une grande quantité de neutrophiles sont accumulés dans les glandes (photo 15, flèches) et dans la lumière utérine.
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Photo 14 : endomètre montrant une hyperplasie kystique (coloration H.E.S. tx50)

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Photo 15 : 
neutrophiles (flèche) dans la lumière des glandes, mélangés avec des cellules inflammatoires mononuclées dans le stroma (coloration H.E.S.x400)

DISCUSSION

Le pyomètre n’est pas commun chez cet animal car les furettes rencontrées en consultation sont généralement stérilisées en raison du risque d’hyperoestrogénisme chez cette espèce dont l’ovulation est provoquée par l’accouplement. De plus dans la plupart des cas un écoulement vulvaire est noté. Certaines furettes présentent en parallèle un hyperoestrogénisme avec aplasie médullaire. La polyurie et la polydipsie lors de pyomètre chez la furette n’ont pas été signalées. Les bactéries communément mises en cause sont : E coli, Staphylococcus, Streptococcus et Corynebacterium. Le traitement repose sur l’ovariohystérectomie dont la technique est analogue à celle pratiquée chez la chatte. Cependant dans le cas présent, la masse de l’urérus retiré est proche de celle de l’animal après l’intervention, ce qui reste exceptionnel.

 

Bibliographie

1 - Avanzi M., 2001. Le furet. Ed De Vecchi, 95 p.
2 - Brown S.A., 2001. Ferret and rabbit symposium, supplement to compendium on continuing education for the practicing veterinarian, vol 23, n°2 (A), the domestic ferret : husbandry and clinical techniques, p 23-31.3 - Carpenter J.W., Mashima T.Y. et Rupiper D.J., 2001. Exotic animal formulary. 2d edition. Ed W.B. Saunders Company, 423 p.
4 - Göbel T., 2001. Ferret and rabbit symposium, supplement to compendium on continuing education for the practicing veterinarian, vol 23, n°2 (A), Infectious diseases in ferrets, p 43-46.
5 - Hillyer E.V. et Quesenberry K.E., 1997. Ferrets, rabbits and rodents, clinical medecine and surgery. Ed W.B. Saunders company, 432 p.
6 - Johnson - Delaney C.A., 1996. Exotic companion medecine handbook. Ed Wingers Publishing INC.
7 - Kouvtanovitch E., 2001. Mise au point sur les médicaments anti-infectieux chez le furet : indications et précautions d’emploi des antibiotiques, des antiparasitaires et des antifongiques. Thèse pour le doctorat vétérinaire, ENVA, 149 p.
8 – Lee E.J. et al, 1982. Hematological and serum chemistry profils of ferret. Lab. Anim., p 133-137.
9 - Rosenthal K.L., 5 juin 2002. Conférence ENVA : Ferret radiology, 4 p.
10 - Tremblay M., 2000. Le furet. Ed Le jour éditeur, 148 p.

 

Crédits photos : Christophe Bulliot sauf photo 4 (unité fonctionnelle de radiologie de l’ENVA) et photos 14 et 15 (service d’anatomie pathologie ENVA)

 

Remerciements :
Lilia Boulouha, docteur vétérinaire, service d’anatomie pathologie de l’ENVA
Juan Hernandez, vétérinaire, assistant de clinique en imagerie, ENVA
Delphine Rault, docteur vétérinaire, chargée de consultation en imagerie, ENVA
L’unité fonctionnelle de radiologie de l’ENVA
Le service d’anatomie pathologie de l’ENVA

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