ARTICLES

Hypertrophie testiculaire unilatérale chez un rat (Rattus norvegicus)

photo1

Ce cas clinique présente un rat mâle amené en consultation pour une hypertrophie testiculaire unilatérale. L'examen clinique et les examens complémentaires permettront de suspecter une tumeur testiculaire dont le traitement sera chirurgical. L'hypothèse sera confirmée par l'examen histologique qui conclura à un cas de leydigome.

AUTEUR

Dr Christophe Bulliot
Exercice exclusif NAC
Vice président du GENAC
Chargé de consultation et d'enseignement à l'ENVA
Clinique vétérinaire Exotic Clinic
38 rue Robert Cousin
77176 NANDY
Tél. 01 64 41 93 23
http://exotic-clinic.fr

Extrait de la revue Pratique des animaux sauvages & exotiques, vol 6.1, printemps 2006.

Copyright sur le texte et photos

Mots-clés : NAC, rat, tumeur testiculaire, leydigome.

Motif de consultation 

Un rat (Rattus norvegicus) mâle de 2 ans et demi (photo 1) est présenté en consultation pour une hypertrophie du testicule droit (photo 2) évoluant selon les propriétaires depuis une semaine.
photo1 
 Photo 1 : rat mâle de 2 ans et demi.
photo2 
Photo 2 : masse testiculaire.

Commémoratifs - anamnèse

L’animal ne présente aucun antécédent médical et chirurgical. Il vit seul. Son environnement et son alimentation sont à priori corrects et l’état général de l’animal est bon.

Examen clinique et diagnostic différentiel

L’examen clinique met en évidence une masse de consistance dure au niveau du testicule droit. La forme de cette masse est celle d’un testicule mais de taille bien supérieure. Il est possible par une légère pression de l’introduire en position abdominale puis de la ramener en position scrotale par une pression sur l’abdomen. La peau du scrotum ne présente aucune modification. Le testicule gauche semble normal (taille et consistance) ainsi que le reste de l’examen clinique. On ne note aucun trouble urinaire ou digestif.

A cette étape de la consultation, les hypothèses diagnostiques pouvant être formulées à la vue de cette hypertrophie testiculaire sont une infection, une inflammation, une torsion ou une néoplasie.

Examens complémentaires

Un bilan radiographique (deux profils et une face du thorax, profil de la colonne vertébrale) est effectué en vue de la recherche de métastases éventuelles. Il ne révèle aucune anomalie.

TRAITEMENT et diagnostic

Le traitement chirurgical est proposé et entrepris.

Le rat est anesthésié (isoflurane) et placé en décubitus dorsal. La face ventrale de l’abdomen est tondue et préparée pour la chirurgie (photo 3).
photo3

Photo 3 : préparation du site opératoire et observation de l’asymétrie testiculaire.

Une incision cutanée médiane est effectuée. La ligne blanche est repérée puis incisée. Une pression douce à travers le champ opératoire permet de ramener le testicule en position abdominale. Il est extériorisé (photo 4).
photo4

Photo 4 : extériorisation du testicule atteint par voie abdominale.


Des ligatures sont posées sur les vaisseaux sanguins et sur le canal déférent loin de la gonade (photo 5).
photo5

Photo 5 : pose de ligature sur les vaisseaux sanguins et sur le canal déférent.

Une technique identique est effectuée pour l’exérèse du second testicule (photo 6) dont l’aspect et la taille semblent normaux (photo 7).
photo6

Photo 6 : exérèse du second testicule par voie abdominale.


photo7

Photo 7 : observation des deux testicules après exérèse.

Un examen visuel de la cavité abdominale est pratiqué (aucune lésion suspecte). Une fermeture classique de la paroi abdominale est effectuée au vicryl déc 2 : surjet musculaire, surjet sous-cutané, surjet cutané et points simples de sécurité.

En post-opératoire, une antibiothérapie (marbofloxacine 10 mg/kg matin et soir, une semaine) et une analgésie (méloxicam 0.2 mg/kg/j, 3 jours) sont instaurées.

L’examen histologique du testicule atteint révèle une tumeur bien encapsulée comportant par endroit de larges cavités kystiques emplies d’un matériel hémorragique. Le tissu tumoral est constitué de petites cellules polygonales groupées de manière dense, en mitose à un taux modéré et dont certaines possèdent des vacuoles lipidiques dans leur cytoplasme.

Le second testicule ne présente quant à lui aucune anomalie à l’examen histologique et montre dans ses tubes séminifères une spermatogénèse d’intensité normale.

Le diagnostic posé est celui d’un Leydigome hémorragique de faible malignité histologique. Le rat est revu pour un contrôle de plaie, le retrait des fils puis un mois après l’intervention. Il est en bonne santé. La palpation abdominale et l’examen de la région scrotale sont normaux.

DISCUSSION

D’un point de vue histologique, le testicule est constitué d’une enveloppe (l’albuginée), de structures glandulaires exocrines (tubes séminifères, tubes droits et rete testis) et d’une glande interstitielle. Le tube séminifère comprend les cellules de Sertoli dont le principal rôle est la sécrétion du liquide portant les spermatozoïdes, et les cellules germinales qui sont le lieu de la spermatogénèse. La glande interstitielle est formée par les cellules de Leydig dont le rôle est la sécrétion des androgènes (testostérone, androstènedione et androstènediol) permettant le développement des caractères sexuels secondaires et stimulant la spermatogénèse. Ces cellules sont de forme polygonale et ont un noyau sphérique. Leur cytoplasme est riche en enclaves lipidiques. Leur fonctionnement est régulé par l’hormone lutéinisante (LH), secrétée par l’anté-hypophyse qui subit elle-même une stimulation par l’hypothalamus via la GnRH. Un rétrocontrôle est effectué par les androgènes (4-10).

Les principales tumeurs des testicules sont les séminomes, les sertolinomes et les leydigomes. Dans le cas présent, aucun changement comportemental ou physique autre que l’hypertrophie testiculaire n’a été observé. Les leydigomes présentent rarement des métastases.

Les leydigomes restent des tumeurs spontanées relativement rares et assez peu décrites chez le rat de compagnie. Ils sont, par contre, très souvent rencontrés dans la littérature scientifique concernant l’expérimentation animale. Ils peuvent en effet être induits expérimentalement notamment par une stimulation répétée par la LH. Le rat est ainsi un modèle d’étude pour la maladie humaine. Les rats sont significativement plus sensibles au développement des tumeurs des cellules de Leydig que les humains chez qui la prévalence de cette maladie est de 0.00004 à 0.01%. Certaines souches de rats d’expérimentation ont une incidence très élevée de leydigome (rat Fischer 344 : 80-100 %, rat Sprague Dawley : 5-10 %). Cette plus grande incidence résulte notamment d’une plus grande réceptivité des cellules de Leydig du rat à la LH. L’origine des tumeurs des cellules de Leydig résiderait dans une perturbation de l’axe hypothalamus-hypophyse-testicule (2-3-5-6-7-8-9-10).

Les tumeurs les plus fréquemment rencontrées chez le rat mâle sont les tumeurs des glandes endocrines notamment de la thyroïde et des surrénales. On rencontre également des tumeurs testiculaires et des tumeurs mammaires (1).

La technique de castration par voie abdominale est privilégiée à celle par voie scrotale car le testicule atteint pouvait être repoussé par pression douce dans la cavité abdominale et surtout car cette voie d’abord permet un examen visuel de l’abdomen (canal déférent, vessie et région de la prostate notamment).
photo8    photo9

Photo 8 : coupe histologique du leydigome    Photo 9 : coupe histologique du leydigome


Bibliographie

1 - Boussarie D., Néoplasies chez les rongeurs et lagomorphes de compagnie. Congrès Yaboumba sur les animaux sauvages et exotiques, Siem Rep, Cambodge, 2004.

2 - Chatani F., Nonoyama T., Sudo K. et al., Stimulatory effect of luteinising hormone on the development and maintenance of 5alfa-reduced steroid producing testicular interstitial cell tumours in Fischer 344 rats. Anticancer Res., 10, 337-342, 1990.

3 - Cook J.C., Klinefelter G.R., Hardisty J.F. et al, Rodent leydig cell tumorigenesis : a review of the physiology, pathology, mechanisms and relevance to humans. Crit. Rev. Toxicol., 29 (2), 169-261, 1999.

4 - Fontaine J.J., L’appareil génital mâle. Ed ENVA, 1992.

5 - Mähler M. et Sundberg J.P., Spontaneous leydig cell tumors in inbred laboratory mice. Laboratory Animal Science, 47, n°2, 148-152, 1997.

6 - Prentice D.E., Siegel R.A., Donatsch P. et al., Mesulergine induced leydig cell tumours, a syndrome involving the pituitary-testicular axis of the rat. Arch. Toxicol., 15, 197-205, 1992.

7 - Prentice D.E. et Miekle A.W., A review of drug-induced leydig cell hyperplasia and neoplasia in the rat and some comparisons with man. Hum. Exp. Toxicol., 14, 562-572, 1995.

8 - Takaki Y., Kitamura S., Uekusa T. et al, Spontaneous tumors in F-344/Jcl rats. The journal of Toxicological Sciences, vol 14, 181-195, 1989.

9 - Yohitomi K. et Morii S., Benign and malignant epithelial tumors of the rete testis in mice. Veterinary pathology, 21, 300-303, 1984.

10 - Divers auteurs, A tought starter for developing an agreed position on the revalance of leydig cell tumors in rats to humans. Industrial Chemicals Unit, 2003.

Crédits photos : Christophe Bulliot sauf photos 8 et 9 du laboratoire Mialot Lagadic

Remerciements :

Laboratoire Mialot Lagadic pour son apport iconographique

© VETUP- Logiciel vétérinaire