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Syndrome occlusif cornéen chez un lapin (Oryctolagus cuniculis)

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Ce cas clinique présente un lapin atteint d'un syndrome occlusif cornéen unilatéral. La membrane ayant recouvert totalement l'œil de façon centripète, une chirurgie sera proposée et entreprise. L'analyse histologique montrera que cette membrane est constituée sur ses deux faces d'un épithélium de type conjonctival.
 

Christophe Bulliot

DMV, Exercice exclusif NAC
Clinique vétérinaire EXOTIC CLINIC, 38 rue Robert Cousin, 77176 Nandy

RESUME

Ce cas clinique présente un lapin atteint d'un syndrome occlusif cornéen unilatéral. La membrane ayant recouvert totalement l'œil de façon centripète, une chirurgie sera proposée et entreprise. L'analyse histologique montrera que cette membrane est constituée sur ses deux faces d'un épithélium de type conjonctival. Cette atteinte oculaire rare du lapin semblerait idiopathique et les récidives assez fréquentes.

Mots clés : N.A.C., lapin, syndrome occlusif cornéen, ophtalmologie.

MOTIF DE CONSULTATION

Un lapin nain de compagnie (Oryctolagus cuniculis), de 3 mois est présenté en consultation pour un recouvrement progressif de la cornée de son œil droit par une membrane rose (photo 1).


COMMEMORATIFS – ANAMNESE

Le sujet est un lapin nain de 3 mois sans antécédents médicaux ni chirurgicaux. Depuis un mois, celui-ci présente un voile rose sur son œil droit, recouvrant progressivement la cornée de façon centripète. L'environnement et l'alimentation du lapin sont corrects.


EXAMEN CLINIQUE ET EXAMENS COMPLEMENTAIRES

Le lapin est enveloppé dans une serviette afin de réaliser son examen. La membrane concentrique prend naissance au niveau du limbe et recouvre la quasi-totalité de la surface cornéenne (photo 2). Elle présente une vascularisation importante, les vaisseaux sanguins étant orientés selon son rayon (photo 3). Elle rend impossible l'observation de la cornée ou des parties internes de l'œil ainsi que la réalisation des examens ophtalmologiques classiques (notamment test de Schirmer et réflexes photomoteurs). L'extrémité d'une sonde cannelée est délicatement glissée entre la membrane et la cornée permettant ainsi de constater leur non-adhérence. L'atteinte oculaire ne semble ni gênante pour la vie de l'animal, ni douloureuse. Aucune conjonctivite n'est constatée.


DIAGNOSTIC

Le lapin est atteint d'un syndrome occlusif cornéen.


TRAITEMENT

Un traitement chirurgical est proposé et entrepris (photos 4 à 6).
Le lapin est anesthésié à l'aide d'un mélange oxygène / isoflurane. Le traitement repose sur une résection chirurgicale précoce nécessitant parfois une kératectomie superficielle en cas d'adhérence localisée à la cornée. La résection chirurgicale de la membrane s'opère à quelques millimètres du limbe ou après sa section en 4 à 6 cadrans et suture transpalpébrale ou par un surjet sur toute la circonférence à l'aide d'un fil de suture polygalactine 6/0. Les saignements sont faibles et contrôlés par pression. Un test à la fluorescéine se révèle négatif et l'examen des différentes portions de l'œil à l'ophtalmoscope ne met en évidence aucune anomalie. Les récidives sont assez fréquentes et sembleraient être limitées par l'application de mitomycine C à 0.02% (0.2 mg/ml) sur la conjonctive durant 3 minutes en fin d'intervention. L'administration d'un collyre antibiotique et anti-inflammatoire semblerait réduire le risque de récidive ainsi que l'utilisation de cyclosporine.


DISCUSSION

Le syndrome occlusif cornéen est une atteinte oculaire rare du lapin. Il peut être uni ou bilatéral et peut concerner aussi des lapins adultes (photo 7). La membrane, nommée pseudopterygium par certains auteurs, ne recouvre généralement que deux tiers à trois quarts de la surface cornéenne (2-7). Un recouvrement total de la cornée peut aboutir à une cécité. Cette atteinte oculaire semblerait idiopathique (1-3-7). La littérature rapporte des cas de croissance soudaine de cette membrane suite à des conjonctivites qui pourraient donc mettre en jeu un processus inflammatoire (6). Une origine congénitale a également été supposée (6-8). Aucun agent microbien n'a été mis en cause. Lors des visites de contrôle post opératoire, des test de Schirmer ont été réalisés. Les résultats normaux obtenus semblent exclure la mise en cause d'un désordre du film lacrymal dans l'apparition du syndrome occlusif cornéen.

Un examen histologique montre une structure membraneuse constituée d'un tissu fibreux lâche recouvert sur chacune de ses faces par un épithélium de type conjonctival tantôt stratifié cylindrique et comprenant des cellules à mucus, tantôt stratifié pavimenteux de type malpighien non kératinisé. Des zones d'inflammation sont constatées (présence de granulocytes hétérophiles notamment). Aucune glande n'a été observée.

Lors de la chirurgie, une kératectomie superficielle est parfois nécessaire en cas d'adhérences localisées mais ces dernières sont peu fréquentes. La mise en place de fils de traction placés sur les paupières et tenus par un aide peut être utile pour permettre un meilleur abord du globe oculaire (4). Les récidives après chirurgie ne sont pas rares mais sembleraient réduites par l'utilisation de collyres antibiotiques et anti-inflammatoires (2-7).

Une autre technique décrite consiste à suturer la base de la membrane à la sclère avec un fil de suture résorbable afin de limiter sa reformation (2-3-8). Dans le même but, D. Williams recommande l'utilisation de cyclosporine en post-opératoire (9).


BIBLIOGRAPHIE

1 - Hillyer E.V. et Quesenberry K.E., 1997. Ferrets, rabbits and rodents, clinical medicine and surgery. Ed Saunders, 432 p.
2 - Brown S.A. et Rosenthal K.L., 1997. Self-assessment colour review of small mammals. Ed Manson publishing, 192 p.
3 - BSAVA (divers auteurs), 2002. Manual of exotic pets, 4ème ed. Ed. BSAVA, 304 p.
4 - Cavignaux R., 31/05/1996. Malformation oculaire chez un lapin nain. L'Action Vétérinaire n°1365, p 26-27.
5 - Dupont C., Carrier M. et Gauvin J., 1995. Bilateral precorneal membranous occlusion in a dwarf rabbit. Journal of Small Exotic Animal Medecine, 3(2), p 41-44.
6 - Fisher P., mars 2001. Precorneal membranous occlusion in a rabbit. Exotic DVM vol 3.1, p 3-4.
7 - Kern T.J., 1997. Rabbit and rodent ophtalmology, In : Seminars in avian and exotic pet medicine, vol 6 n°3, p 138-145.
8 - Gabrisch K. et Zwart P., 1987. La consultation des nouveaux animaux de compagnie. Ed Point Vétérinaire, 401 p.
9 - Williams D.L., 1999. Laboratory animal ophtalmology, In : Gelatt K.N., Veterinary ophtalmology, 3d ed. Ed Lippincott Williams and Wilkins, p 1209-1236.

Crédits photos : Christophe Bulliot

Légendes des photos :

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Photo 1 : lapin nain de 3 mois présentant un syndrome occlusif cornéen

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Photo 2 : observation de la membrane recouvrant la cornée

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Photo 3 : observation de la vascularisation de la membrane

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Photo 4 : préhension de la membrane à la pince et observation de sa non-adhérence à la cornée

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Photo 5 : incision de la membrane

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Photo 6 : observation de l'œil atteint après chirurgie

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Photo 7 : autre cas de syndrome occlusif cornéen sur un lapin adulte (2/3 de la surface de la cornée sont recouverts)


Syndrome occlusif cornée chez le lapin (Oryctolagus cuniculus), revue Pratique des animaux sauvages & exotiques, vol 3.2, été 2003

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