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Faire descendre le chien du canapé : pourquoi, quand, comment ?

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Auteur : Valérie Dramard, docteur vétérinaire comportementaliste
Convaincre les propriétaires de la nécessité de faire descendre leur chien du canapé peut être important à plus d’un titre et notamment pour des raisons de sécurité. Il faut réussir à les motiver, raisonner les consignes à donner et vérifier qu’ils les appliquent correctement.
 
 


« Je n’arrive pas à convaincre les propriétaires de faire descendre leur chien du canapé ». Cette remarque classique montre que la relation entre le praticien et ses clients est sur le mode de la confrontation, presque du conflit, alors qu’un climat de collaboration est préférable pour régler un trouble du comportement. Mais comment convaincre les propriétaires de changer des habitudes que l’on estime être à l’origine du comportement dont se plaignent les maîtres ?

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Motiver plutôt que convaincre
Le terme convaincre sous-entend que l’interlocuteur a un avis auquel on est opposé. On va donc chercher à lui présenter des arguments pour le contrer. Il n’est pas rare alors de prononcer perpétuellement des « oui, mais …» ou des « non, mais…». Cette attitude, légitime si on est convaincu d’avoir raison, risque malheureusement d’induire chez le client une résistance bien légitime aussi. Il va lui aussi chercher des arguments pour convaincre son vétérinaire qu’il a essayé mais n’y arrive pas, qu’il a toujours fait ça avec ses autres chiens et que ça ne posait pas de problème… ou bien que c’est un vieux canapé qui ne craint plus rien.
Il convient de se placer plutôt dans une attitude de collaboration, l’objectif étant de travailler enF équipe avec le maître du chien.
Le sentiment que l’on doit ressentir est celui d’une envie de collaborer pour réussir ensemble à résoudre le problème. Du coup, cette attitude génère une envie de motiver le « collaborateur » à travailler avec nous pour atteindre le même but.
Le praticien apporte son aide technique, le propriétaire son expérience avec son chien et son ressenti concernant les capacités de changements pour lui et pour son chien. Ensemble, ils peuvent alors élaborer une stratégie de changement.
Il faut se rappeler que seul le maître est le garant de l’observance de la prescription, sa participation est donc incontournable et ses idées sont forcément les meilleures puisque ce sont les siennes.

Vérifier la pertinence de la consigne
Est-il pertinent dans cette famille et avec le problème présenté par le chien de le faire descendre absolument du canapé ? Cette consigne est indispensable si, effectivement, le chien présente un comportement agressif quand il est sur le canapé et que ses maîtres souhaitent l’en faire descendre : s’il n’y était pas couché, il n’y aurait plus de problème. En première intention, effectivement, si on interdit au chien l’accès du canapé, il ne risque plus de montrer des comportements agressifs ensuite. Si le chien n’a pas présenté d’agressivité sur le canapé et qu’on peut l’en faire partir facilement – il suffit de lui demander -, chercher à convaincre absolument les propriétaires de ne plus accepter le chien sur le canapé n’est pas pertinent. Il vaut mieux travailler sur d’autres changements. Dans le cas où les propriétaires ont déjà tenté de faire descendre le chien du canapé sans y réussir, il convient de se poser deux questions : comment s’y prennentils exactement ? Pourquoi le chien est-il si motivé à y rester au point d’en devenir agressif ?

Analyser la façon dont les maîtres s’y prennent
Il convient de recueillir précisément le maximum d’informations pour pouvoir imaginer exactement la scène, comme si on y avait assisté. Faire dessiner un plan précis de la pièce où se situe le divan est d’une grande aide. Le maître indique alors où sont le canapé, la télé, les fauteuils, la table basse… et le panier du chien. L’objectif est triple: imaginer comment agissent les maîtres quand ils essaient de se faire obéir, comment réagit le chien, donc ce que ressent le chien, et pourquoi il répond agressivement.

«Si le comportement du chien est rigide au point qu’il semble obstiné à rester sur « son » canapé, il convient d’analyser ses motivations.»

Ce plan est un outil précieux qui permet au praticien et au propriétaire de travailler ensemble, ce qui consolide la relation de collaboration et augmente les chances de motivation (lire plus bas).
Cette analyse permet de savoir si les propriétaires s’y prennent correctement. Dans le cas contraire, le praticien indique comment ils peuvent mieux agir pour « motiver » le chien à descendre. Le vétérinaire doit faire preuve de créativité et proposer des pistes en cherchant à savoir si c’est réalisable ou non. « Et si vous l’appeliez joyeusement comme pour l’emmener se promener ? Pensez-vous que cela fonctionnerait ?» Toute astuce est intéressante si elle permet de débloquer une situation de crise. Si le praticien estime qu’il ne ferait pas mieux que le maître, il doit en conclure que le chien est particulièrement motivé pour rester sur ce « maudit » canapé et il faut en trouver les raisons.

Pourquoi le chien est-il si motivé ?
Si le comportement du chien est rigide au point qu’il semble terriblement obstiné à rester sur « son » canapé, il convient d’analyser ses motivations.
La première idée qui vient à l’esprit est évidemment la dominance : le chien est sur le canapé parce que c’est classiquement un endroit de dominance, en hauteur, d’où on peut voir tout ce qui se passe et agir sur les mouvements de ses maîtres quand ils s’y assoient. Dans ce cas-là, le chien doit avoir, dans d’autres contextes, des comportements de « dominant » où il prend des prérogatives et les défend si on cherche à les lui retirer. Il réclame à table et agresse si on ne lui donne pas, il n’obéit pas bien, se rebiffe en adoptant une posture haute quand on le reprend, etc. Par ailleurs, en consultation, il montre une attitude affirmée envers ses maîtres. Le chien souffre alors d’une sociopathie (flou hiérarchique).
Si l’hypothèse de la « dominance » (ou sociopathie) ne se vérifie pas, il convient de chercher d’autres motivations, les deux principales étant le confort physique et le confort affectif.
Si le chien est frileux (lire encadré), que le sol est carrelé, que son panier, s’il en a un, est placé dans un endroit froid ou balayé par des courants d’air, si son couchage est constitué d’un panier en plastique dur ou de clayettes, etc., quoi de plus confortable que le coin moelleux et chaud d’un canapé ? Le chien est donc motivé pour rester sur le canapé parce qu’il n’est pas assez motivé pour aller se coucher ailleurs. Il convient alors de discuter avec les propriétaires de l’aménagement d’une couche confortable pour répondre aux besoins de « confort physique » de leur chien. Un panier bien moelleux, douillet et chaud constitue alors pour le chien une alternative très intéressante au canapé où il peut se faire déranger.
Si le chien est hyperattaché, il peut chercher à être au plus près de la personne d’attachement et de son odeur. Le canapé réunit ses atouts : odeurs et proximité. Si le couchage est placé au sol, près du canapé par exemple, cela permet au chien de se rassurer malgré tout. Il va sans dire que l’hyperattachement et l’anxiété associée doivent être parallèlement pris en charge.

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Conclusion
Empathie, esprit de collaboration et créativité constituent les atouts majeurs pour une prise en charge efficace en pathologie comportementale. Le praticien peut prendre ainsi la mesure de l’influence du comportement des propriétaires sur leur chien et de l’intensité du trouble émotionnel du chien qui devra éventuellement recevoir un traitement adapté.

 

>> GROS PLAN
Le cas particulier de l’hypothyroïdie Lors d’hypothyroïdie, la frilosité, la fatigabilité et l’intolérance au contact sont trois bonnes raisons d’être irritable sur le lieu de couchage. L’anxiété qui accompagne souvent cette maladie hormonale peut aggraver cette agressivité. L’aménagement d’un lieu de couchage chaud (couverture) est fondamental dans ce cas. Il est impératif parallèlement de respecter le chien quand il y est couché, de ne jamais le déranger, de toujours l’appeler pour qu’il en sorte et de ne pas insister s’il n’en bouge pas. L’administration de lévothyroxine permet une amélioration physique et comportementale qui permet ensuite au chien de recouvrer un comportement normal.

 

Valérie DRAMARD, Vétérinaire comportementaliste
www.animalpsy.com

Extrait de La Dépêche Vétérinaire

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